«Tu sais?… tu sais que ton cher papa peut revenir encore? Viens avec moi, mon enfant; viens à l'église prier Dieu pour ton père et lui demander de nous le rendre.»
SOPHIE.—Me permettez-vous de vous accompagner, madame? Je prierai aussi pour ce bon commandant qui m'aimait et pour mon pauvre Paul!
Mme de Rosbourg ne lui répondit qu'en l'embrassant tendrement et en lui prenant la main pour l'emmener. Tous les enfants demandèrent à joindre leurs prières à celles de Mme de Rosbourg. Mme de Fleurville, qui accompagnait son amie, y consentit, et tous allèrent à l'église prier pour le retour des pauvres naufragés. Au retour, ils trouvèrent M. de Traypi faisant sa malle:
«Je pars pour Paris, dit-il. Je veux aller au Ministère de la Marine; peut-être y apprendrai-je quelque nouvelle. Je leur dirai le retour de Lecomte et la captivité de M. de Rosbourg et du petit Paul. Qui sait, peut-être aurai-je de bonnes nouvelles à vous donner.
—Que vous êtes bon et que je vous remercie, mon ami! dit Mme de Rosbourg les larmes aux yeux. Le bon Dieu me protège puisqu'il me donne des amis tels que vous. Puisse-t-il me protéger jusqu'à la fin et me rendre mon cher mari!»
Le lendemain, de bonne heure, on frappait doucement à la porte de
Mme de Rosbourg.
«Entrez», dit-il d'une voix émue.
La porte s'ouvrit; Lecomte entra; il osait à peine lever les yeux sur Mme de Rosbourg, qui, pâle et tremblante, s'avançait pourtant avec rapidité vers lui. Elle voulut lui parler, l'interroger; les larmes lui coupèrent la parole; elle prit les grosses mains rugueuses de Lecomte et les serra dans les siennes.
LECOMTE.—Madame, ma chère dame, je devrais être à vos pieds pour vous remercier de tout ce que vous avez fait pour ma femme et mon enfant!
Tout en parlant, il l'avait respectueusement soutenue et placée sur un fauteuil. Mme de Rosbourg sanglotait. «Pardonnez-moi… cette faiblesse… dit-elle d'une voix entrecoupée par ses sanglots. La vue de l'ami dévoué, du compagnon de mon mari, m'a ôté tout courage. Mais… je saurai me vaincre… ayez patience… quelques minutes encore… et je pourrai vous interroger, savoir de vous quelles doivent être mes craintes, quelles peuvent être mes espérances.»