PAUL.—Je ne crains pas un homme, ma petite soeur; pas même deux, ni trois. Mon père m'a appris la boxe et la savate; avec cela on se défend bien et l'on attaque sans crainte.
Et Paul courut en avant de ces messieurs; ils disparurent bientôt dans l'obscurité. Les domestiques avaient emporté la femme de chambre évanouie, l'ouvrière en convulsions; Mme de Fleurville et ses soeurs les avaient suivies pour leur porter secours. Mme de Rosbourg, que sa tendresse pour son mari rendait un peu craintive, était restée sur le perron avec les enfants.
On n'entendait rien, à peine quelques pas dans le sable des allées, lorsque tout à coup un éclat de voix retentit, suivi de cris, de courses précipitées; puis on n'entendit plus rien.
Les enfants étaient inquiets; Marguerite se rapprocha de sa mère.
MARGUERITE.—Maman, papa et Paul ne courent aucun danger, n'est-ce pas?
MADAME DE ROSBOURG, _avec vivacité.—_Non, non, certainement non.
MARGUERITE.—Mais alors, pourquoi votre main tremble-t-elle, maman, c'est comme si vous aviez peur?
—Ma main ne tremble pas, dit Mme de Rosbourg en retirant sa main de celle de Marguerite.
Marguerite ne dit rien, mais elle resta certaine d'avoir senti la main de sa mère trembler dans la sienne. Quelques instants après on entendit un bruit de pas, de rires comprimés, et l'on vit apparaître Paul traînant un fantôme prisonnier, que M. de Rosbourg poussait par derrière avec quelques coups de genou et de pied.
«Voici le fantôme, dit-il. Il était caché dans la haie, mais nous l'avons aperçu; nous avons crié trop tôt, il a détalé; Paul a bondi par-dessus la haie, l'a serré de près et l'a arrêté; le coquin criait grâce et allait se débarrasser de son costume quand nous l'avons rejoint. Nous l'avons forcé à garder son drap pour vous en donner le spectacle. Il ne voulait pas trop avancer, mais Paul l'a traîné, moi aidant par derrière. Halte là! À présent, ôte ton drap, coquin, que nous reconnaissions ton nom à ton visage.»