Et, comme le fantôme hésitait, M. de Rosbourg, malgré sa résistance, lui écarta les bras et arracha le drap qui couvrait toute sa personne. On reconnut avec surprise un ancien garçon meunier de Léonard.
«Pourquoi as-tu fait peur à ces femmes? demanda M. de Rosbourg.
Réponds, ou je te fais jeter dans la prison de la ville.
—Grâce! mon bon monsieur! Grâce! s'écria le garçon tremblant. Je ne recommencerai pas, je vous le promets.
—Cela ne me dit pas pourquoi tu as fait peur à ces deux femmes, reprit M. de Rosbourg. Parle, coquin, et nettement, qu'on te comprenne!»
LE GARÇON.—Mon bon monsieur, je voulais emprunter quelques légumes au jardin de Relmot, et ces dames étaient sur mon chemin.
M. DE ROSBOURG.—C'est-à-dire que tu voulais voler les légumes des pauvres Relmot, et que tu as fait peur à ces femmes pour t'en débarrasser, pour faire peur aussi aux voisins et les empêcher de mettre le nez aux fenêtres.
LE GARÇON.—Grâce, mon bon monsieur, grâce!
M. DE ROSBOURG.—Pas de grâce pour les voleurs!
LE GARÇON.—Ce n'était que des légumes, mon bon monsieur.
M. DE ROSBOURG.—Après les légumes viennent les fruits, puis l'argent; on fait d'abord le fantôme, puis on égorge son monde, c'est plus sûr. Pas de grâce, coquin! Paul, appelle mon brave Normand, il va lui attacher les mains et mettre ce drôle entre les mains de ses bons amis les gendarmes.