—Mais pourquoi y allez-vous tous les jours sans jamais me permettre de vous accompagner?
—Rosalie, tu sais que je n'aime pas les questions, et que la curiosité est un vilain défaut.»
Rosalie ne dit plus rien, mais elle resta pensive. Cette maisonnette, à laquelle elle n'avait jamais songé, lui trottait dans la tête.
«Que peut-il y avoir là dedans? se disait-elle. Comme mon père a pâli quand j'ai demandé d'y entrer!... Il pensait donc que je courais quelque danger en y allant!... Mais pourquoi lui-même y va-t-il tous les jours?... C'est sans doute pour porter à manger à la bête féroce qui s'y trouve renfermée.... Mais s'il y avait une bête féroce, je l'entendrais rugir ou s'agiter dans sa prison; jamais on n'entend aucun bruit dans cette cabane; ce n'est donc pas une bête! D'ailleurs elle dévorerait mon père quand il y va,... à moins qu'elle ne soit attachée.... Mais si elle est attachée, il n'y a pas de danger pour moi non plus. Qu'est-ce que cela peut être?... Un prisonnier!... Mais mon père est bon; il ne voudrait pas priver d'air et de liberté un malheureux innocent!... Il faudra absolument que je découvre ce mystère.... Comment faire?... Si je pouvais soustraire à mon père cette clef, seulement pour une demi-heure! Peut-être l'oubliera-t-il un jour....»
Elle fut tirée de ses réflexions par son père, qui l'appelait d'une voix altérée.
«Me voici, mon père; je rentre.»
Elle rentra en effet et examina son père, dont le visage pâle et défait indiquait une vive agitation. Plus intriguée encore, elle résolut de feindre la gaieté et l'insouciance pour donner de la sécurité à son père, et arriver ainsi à s'emparer de la clef, à laquelle il ne penserait peut-être pas toujours si Rosalie avait l'air de n'y plus songer elle-même.
Ils se mirent à table; Prudent mangea peu, et fut silencieux et triste, malgré ses efforts pour paraître gai. Rosalie montra une telle gaieté, une telle insouciance, que son père finit par retrouver sa tranquillité accoutumée.
Rosalie devait avoir quinze ans dans trois semaines; son père lui avait promis pour sa fête une agréable surprise. Quelques jours se passèrent; il n'y en avait plus que quinze à attendre.
Un matin Prudent dit à Rosalie: