«Ma chère enfant, je suis obligé de m'absenter pour une heure. C'est pour tes quinze ans que je dois sortir. Attends-moi dans la maison, et, crois-moi, ma Rosalie, ne te laisse pas aller à la curiosité. Dans quinze jours tu sauras ce que tu désires tant savoir, car je lis dans ta pensée; je sais ce qui t'occupe. Adieu, ma fille, garde-toi de la curiosité.»

Prudent embrassa tendrement sa fille et s'éloigna comme s'il avait de la répugnance à la quitter.

Quand il fut parti, Rosalie courut à la chambre de son père, et quelle fut sa joie en voyant la clef oubliée sur la table!

Elle la saisit et courut bien vite au bout du parc; arrivée à la maisonnette, elle se souvint des paroles de son père: Garde-toi de la curiosité; elle hésita et fut sur le point de reporter la clef sans avoir regardé dans la maisonnette, lorsqu'elle entendit sortir un léger gémissement; elle colla son oreille contre la porte et entendit une toute petite voix qui chantait doucement:

Je suis prisonnière,

Et seule sur la terre.

Bientôt je dois mourir,

D'ici jamais sortir.

«Plus de doute, se dit-elle; c'est une malheureuse créature que mon père tient enfermée.»

Et frappant doucement à la porte, elle dit: