Charles:—C'est facile à dire, patience; je voudrais bien t'y voir; toi qui es un ange de douceur et de bonté, tu te mettrais en fureur.»

Juliette sourit.

«J'espère que non, dit-elle.

Charles:—Tu crois ça. Écoute ce qui m'arrive aujourd'hui depuis la première fois que je t'ai quittée; à ma seconde visite, je ne t'ai rien dit parce que j'avais peur que tu ne me fisses rentrer chez moi tout de suite; à présent j'ai le temps, puisque ma cousine dort, et tu vas tout savoir.»

Charles raconta fidèlement ce qui s'était passé entre lui, sa cousine et Betty.

«Comment veux-tu que je supporte ces reproches et ces injustices avec la patience d'un agneau qu'on égorge?

Je ne t'en demande pas tant, dit Juliette en souriant; il y a trop loin de toi à l'agneau; mais, Charles, écoute-moi. Ta cousine n'est pas bonne, je le sais et je l'avoue; mais c'est une raison de plus pour la ménager et chercher à ne pas l'irriter. Pourquoi es-tu inexact, quand tu sais que cinq minutes de retard la mettent en colère?

Charles:—Mais c'est pour rester quelques minutes de plus avec toi, pauvre Juliette; il n'y avait personne chez toi quand je t'ai ramenée.

Juliette:—Je te remercie, mon bon Charles; je sais que tu m'aimes, que tu es bon et soigneux pour moi; mais pourquoi ne l'es-tu pas un peu pour ta cousine?

Charles:—Pourquoi? Parce que je t'aime et que je la déteste; parce que, chaque fois qu'elle se fâche et me punit injustement, je veux me venger et la faire enrager.