Si le roi promulguait promptement un décret qui ordonnât de rendre à leurs parents les vieillards et les enfants, de cesser d'enlever des temples les vases précieux; et si, de concert avec le peuple de Yan, vous rétablissez à sa tête un sage prince et quittez son territoire, alors vous pourrez parvenir à arrêter [les armées des autres princes toutes prêtes à vous attaquer].

12. Les princes de Tseou et de Lou étant entrés en hostilités l'un contre l'autre, Mou-hong [prince de Tseou] fit une question en ces termes: Ceux de mes chefs de troupes qui ont péri en combattant sont au nombre de trente-trois, et personne d'entre les hommes du peuple n'est mort en les défendant. Si je condamne à mort les hommes du peuple, je ne pourrai pas faire mourir tous ceux qui seront condamnés; si je ne les condamne pas à mort, ils regarderont, par la suite, avec dédain, la mort de leurs chefs et ne les défendront pas. Dans ces circonstances, comment dois-je agir pour bien faire?

MENG-TSEU répondit avec respect: Dans les dernières années de stérilité, de désastres et de famine, le nombre des personnes de votre peuple, tant vieillards qu'infirmes, qui se sont précipités dans des fossés pleins d'eau ou dans des mares, y compris les jeunes gens forts et vigoureux qui se sont dispersés dans les quatre parties de l'empire [pour chercher leur nourriture], ce nombre, dis-je, s'élève à près de mille[35]; et pendant ce temps les greniers du prince regorgeaient d'approvisionnements; ses trésors étaient pleins; et aucun chef du peuple n'a instruit le prince de ses souffrances. Voilà comment les supérieurs[36] dédaignent et tyrannisent horriblement les inférieurs[37]. Thseng-tseu disait:

«Prenez garde! prenez garde! Ce qui sort de vous retourne à vous!» Le peuple maintenant est arrivé à rendre ce qu'il a reçu. Que le prince ne l'en accuse pas.

Dès l'instant que le prince pratique un gouvernement humain, aussitôt le peuple prend de l'affection pour ses supérieurs, et il donnerait sa vie pour ses chefs.

13. Wen-kong, prince de Teng, fit une question en ces termes: Teng est un petit royaume; mais, comme il est situé entre les royaumes de Thsi et de Thsou, servirai-je Thsi, ou servirai-je Thsou?

MENG-TSEU répondit avec respect: C'est un de ces conseils qu'il n'est pas en mon pouvoir de vous donner. Cependant, si vous continuez à insister, alors j'en aurai un [qui sera donné par la nécessité]: creusez plus profondément ces fossés, élevez plus haut ces murailles; et si avec le concours du peuple vous pouvez les garder; si vous êtes prêt à tout supporter jusqu'à mourir pour défendre votre ville, et que le peuple ne vous abandonne pas, alors c'est là tout ce que vous pouvez faire [dans les circonstances où vous vous trouvez].

14. Wen-kong, prince de Teng, fit une autre question en ces termes: Les hommes de Thsi sont sur le point de ceindre de murailles l'État de Sië; j'en éprouve une grande crainte. Que dois-je faire dans cette circonstance?

MENG-TSEU répondit avec respect: Autrefois Taï-wang habitait dans la terre de Pin; les barbares du nord, nommés Joung, l'inquiétaient sans cesse par leurs incursions; il quitta cette résidence et se rendit au pied du mont Khi, où il se fixa; ce n'est pas par choix et de propos délibéré qu'il agit ainsi, c'est parce qu'il ne pouvait pas faire autrement.

Si quelqu'un pratique constamment la vertu, dans la suite des générations il se trouvera toujours parmi ses fils et ses petits-fils un homme qui sera élevé à la royauté. L'homme supérieur qui veut fonder une dynastie, avec l'intention de transmettre la souveraine autorité à sa descendance, agit de telle sorte que son entreprise puisse être continuée. Si cet homme supérieur accomplit son œuvre [s'il est élevé à la royauté][38], alors le ciel a prononcé[39]. Prince, que vous fait ce royaume de Thsi? Efforcez-vous de pratiquer la vertu [qui fraye le chemin à la royauté], et bornez-vous là.