KHOUNG-TSEU disait: «Thang [Yao] et Yu [Chun] transférèrent l'empire [à leurs ministres]; les empereurs des dynasties Hia, Heou-yin [ou second Chang] et Tcheou, le transmirent à leurs descendants; les uns et les autres se conduisirent par le même principe d'équité et de justice.»

7. Wen-tchang fit une question en ces termes: On dit que ce fut par son habileté à préparer et à découper les viandes que Y-yin parvint à obtenir la faveur de Thang; cela est-il vrai?

MENG-TSEU répondit: Aucunement; il n'en est pas ainsi. Lorsque Y-yin s'occupait du labourage dans les champs du royaume de Yeou-sin, et qu'il faisait ses délices de l'étude des institutions de Yao et de Chun, si les principes d'équité et de justice [que ces empereurs avaient répandus] n'avaient pas régné alors, si leurs institutions fondées sur la raison n'avaient pas été établies, quand même on l'aurait rendu maître de l'empire, il aurait dédaigné cette dignité; quand même on aurait mis à sa disposition mille quadriges de chevaux attelés, il n'aurait pas daigné les regarder. Si les principes d'équité et de justice répandus par Yao et Chun n'avaient pas régné alors, si leurs institutions fondées sur la raison n'avaient pas été établies, il n'aurait pas donné un fétu aux hommes, et il n'aurait pas reçu un fétu d'eux.

Thang ayant envoyé des exprès avec des pièces de soie afin de l'engager à venir à sa cour, il répondit avec un air de satisfaction, mais de désintéressement: A quel usage emploierais-je les pièces de soie que Thang m'offre pour m'engager à aller à sa cour? Y a-t-il pour moi quelque chose de préférable à vivre au milieu des champs et à faire mes délices des institutions de Yao et de Chun?

Thang envoya trois fois des exprès pour l'engager à venir à sa cour. Après le départ des derniers envoyés, il fut touché de cette insistance, et, changeant de résolution, il dit: «Au lieu de passer ma vie au milieu des champs, et de faire mon unique plaisir de l'étude des institutions si sages de Yao et de Chun, ne vaut-il pas mieux pour moi de faire en sorte que ce prince soit un prince semblable à ces deux grands empereurs? Ne vaut-il pas mieux pour moi de faire en sorte que ce peuple [que je serai appelé à administrer] ressemble au peuple de Yao et de Chun?. Ne vaut-il pas mieux que je voie moi-même par mes propres yeux ces institutions pratiquées par le prince et par le peuple? Lorsque le ciel [poursuivit Y-yin] fit naître ce peuple, il voulut que ceux qui les premiers connaitraient les principes des actions ou des devoirs moraux instruisissent ceux qui devaient les apprendre d'eux; il voulut que ceux qui les premiers auraient l'intelligence des lois sociales la communiquassent à ceux qui devaient ne l'acquérir qu'ensuite. Moi je suis des hommes de tout l'empire celui qui le premier ai cette intelligence. Je veux, en me servant des doctrines sociales de Yao et de Chun, communiquer l'intelligence de ces doctrines à ce peuple qui les ignore. Si je ne lui en donne pas l'intelligence, qui la lui donnera?»

Il pensait que si parmi les populations de l'empire il se trouvait un simple homme ou une simple femme qui ne comprît pas tous les avantages des institutions de Yao et de Chun, c'était comme s'il l'avait précipité lui-même dans le milieu d'une fosse ouverte sous ses pas. C'est ainsi qu'il entendait se charger du fardeau de l'empire. C'est pourquoi en se rendant près de Thang il lui parla de manière à le déterminer à combattre le dernier roi de la dynastie Hia et à sauver le peuple de son oppression.

Je n'ai pas encore entendu dire qu'un homme, en se conduisant d'une manière tortueuse, ait rendu les autres hommes droits et sincères; à plus forte raison ne le pourrait-il pas s'il s'était déshonoré lui-même[17]. Les actions des saints hommes ne se ressemblent pas toutes. Les uns se retirent à l'écart et dans la retraite, les autres se produisent et se rapprochent du pouvoir; les uns s'exilent du royaume, les autres y restent. Ils ont tous pour but de se rendre purs, exempts de toute souillure, et rien de plus.

J'ai toujours entendu dire que Y-yin avait été recherché par Thang pour sa grande connaissance des doctrines de Yao et de Chun; je n'ai jamais entendu dire que ce fût par son habileté dans l'art de cuire et de découper les viandes.

Le Y-hiun[18] dit: «Le ciel ayant décidé sa ruine, Thang commença par combattre Kie dans le Palais des pasteurs[19]; moi j'ai commencé à Po[20]

8. Wen-tchang fit cette question: Quelques-uns prétendent que KHOUNG-TSEU, étant dans le royaume de Weï, habita la maison d'un homme qui guérissait les ulcères; et que dans le royaume de Thsi il habita chez un eunuque du nom de Tsi-hoan. Cela est-il vrai?