Il disait[2]: «Lorsque le ciel fit naître ce peuple, il voulut que ceux qui les premiers connaîtraient les principes des actions, ou les devoirs sociaux, instruisissent ceux qui devaient les apprendre d'eux; il voulut que ceux qui les premiers auraient l'intelligence des lois sociales la communiquassent à ceux qui devaient ne l'acquérir qu'ensuite. Moi je suis des hommes de tout l'empire celui qui le premier ai cette intelligence. Je veux, en me servant des doctrines sociales de Yao et de Chun, communiquer l'intelligence de ces doctrines à ce peuple qui les ignore.»
Il pensait que si parmi les populations de l'empire il se trouvait un seul homme ou une seule femme qui ne comprît pas tous les avantages des institutions de Yao et de Chun, c'était comme s'il les avait précipités lui-même dans une fosse ouverte sous leurs pas. C'est ainsi qu'il entendait se charger du fardeau de l'empire.
Lieou-hia-hoëi ne rougissait pas de servir un prince vil, il ne repoussait pas une petite magistrature. S'il entrait en place, il ne retenait pas les sages dans l'obscurité, et il se faisait un devoir de suivre toujours la droite voie. S'il était négligé, délaissé, il n'en conservait point de ressentiment; s'il se trouvait jeté dans le besoin et la misère, il ne se plaignait point, ne s'en affligeait point. S'il lui arrivait d'habiter parmi les hommes du village, ayant toujours l'air satisfait, il ne voulait pas les quitter pour aller demeurer ailleurs. Il disait: Vous, agissez comme vous l'entendez; moi j'agis comme je l'entends[3]. Quand même, les bras nus et le corps sans vêtements, vous viendriez vous asseoir à mes côtés, comment pourriez-vous me souiller?
C'est pourquoi ceux qui par la suite ont entendu parler des mœurs de Lieou-hia-hoëi, s'ils étaient pusillanimes, sont [par son exemple] devenus pleins de courage; et s'ils étaient froids et insensibles, ils sont devenus aimants et affectueux.
KHOUNG-TSEU, voulant quitter le royaume de Thsi, prit dans sa main une poignée de riz passé dans l'eau, et se mit en route. Lorsqu'il voulut quitter le royaume de Zou, il dit: «Je m'éloigne lentement.» C'est le devoir de celui qui s'éloigne du royaume de son père et de sa mère[4]. Quand il fallait se hâter, se hâter; quand il fallait s'éloigner lentement, s'éloigner lentement; quand il fallait mener une vie privée, mener une vie privée; quand il fallait occuper un emploi public, occuper un emploi public: voilà KHOUNG-TSEU.
MENG-TSEU dit: Pe-i fut le plus pur des saints; Y-yin en fut le plus patient et le plus résigné; Lieou-hia-hoeï en fut le plus accommodant; et KHOUNG-TSEU fut de tous celui qui sut le mieux se conformer aux circonstances [en réunissant en lui toutes les qualités des précédents][5].
KHOUNG-TSEU peut être appelé le grand ensemble de tous les sons musicaux [qui concourent à former l'harmonie]. Dans le grand ensemble de tous les sons musicaux, les instruments d'airain produisent les sons, et les instruments de pierres précieuses les mettent en harmonie. Les sons produits par les instruments d'airain commencent le concert; l'accord que leur donnent les instruments de pierres précieuses termine ce concert. Commencer le concert est l'œuvre d'un homme sage; terminer le concert est l'œuvre d'un saint, ou d'un homme parfait.
Si on compare la prudence à quelque autre qualité, c'est à l'habileté; si on compare la sainteté à quelque autre qualité, c'est à la force [qui fait atteindre au but proposé]. Comme l'homme qui lance une flèche à cent pas, s'il dépasse ce but, il est fort; s'il ne fait que l'atteindre, il n'est pas fort.
2. Pe-koung-ki[6] fit une question en ces termes: Comment la maison de Tcheou ordonna-t-elle les dignités et les salaires?
MENG-TSEU dit: Je n'ai pas pu apprendre ces choses en détail. Les princes vassaux qui avaient en haine ce qui nuisait à leurs intérêts et à leurs penchants ont de concert fait disparaître les règlements écrits de cette famille. Mais cependant, moi KHO, j'en ai appris le sommaire.