Meng-hian-tseu[13] était le chef d'une famille de cent chars. Il y avait cinq hommes liés entre eux d'amitié: Yo-tching-khieou, Mou-tchoung; j'ai oublié le nom des trois autres. [Meng]-hian-tseu s'était aussi lié d'amitié avec ces cinq hommes, qui faisaient peu de cas de la grande famille de Hian-tseu. Si ces cinq hommes avaient pris en considération la grande famille de Hian-tseu, celui-ci n'aurait pas contracté amitié avec eux.

Non-seulement le chef d'une famille de cent chars doit agir ainsi, mais encore des princes de petits États devraient agir de même.

Hoeï, Koung de l'État de Pi, disait: Quant à Tseu-sse, j'en ai fait mon précepteur; quant à Yan-pan, j'en ai fait mon ami. Wang-chun et Tchang-si [qui leur sont bien inférieurs en vertus] sont ceux qui me servent comme ministres.

Non-seulement le prince d'un petit État doit agir ainsi, mais encore des princes ou chefs de plus grands royaumes devraient aussi agir de même.

Ping, Koung de Tçin, avait une telle déférence pour Haï-tang[14] que lorsque celui-ci lui disait de rentrer dans son palais, il y rentrait; lorsqu'il lui disait de s'asseoir, il s'asseyait; lorsqu'il lui disait de manger, il mangeait. Quoique ses mets n'eussent été composés que du riz le plus grossier, ou de jus d'herbes, il ne s'en rassasiait pas moins, parce qu'il n'osait pas faire le contraire [tant il respectait les ordres du sage][15]. Ainsi il avait pour eux la déférence la plus absolue, et rien de plus. Il ne partagea pas avec lui une portion de la dignité qu'il tenait du ciel [en lui donnant une magistrature][16]; il ne partagea pas avec lui les fonctions de gouvernement qu'il tenait du ciel [en lui conférant une partie de ces fonctions][17]; il ne consomma pas avec lui les revenus qu'il tenait du ciel[18]. En agissant ainsi, c'est honorer un sage à la manière d'un lettré, mais ce n'est pas l'honorer à la manière d'un roi ou d'un prince.

Lorsque Chun eut été élevé au rang de premier ministre, il alla visiter l'empereur. L'empereur donna l'hospitalité à son gendre dans le second palais, et même il mangea à la table de Chun. Selon que l'un d'eux visitait l'autre, ils étaient tour à tour hôte recevant et hôte reçu [sans distinction d'empereur et de sujet]. C'est ainsi que le fils du Ciel entretenait des liens d'amitié avec un homme privé.

Si, étant dans une position inférieure, on témoigne de la déférence et du respect à son supérieur, cela s'appelle respecter la dignité; si, étant dans une position supérieure, on témoigne de la déférence et du respect à son inférieur, cela s'appelle honorer et respecter l'homme sage. Respecter la dignité, honorer et respecter l'homme sage, le devoir est le même dans les deux circonstances.

4. Wen-tchang fit une question en ces termes: Oserais-je vous demander quel sentiment on doit avoir en offrant des présents[19] pour contracter amitié avec quelqu'un?

MENG-TSEU dit: Celui du respect.

Wen-tchang continua: Refuser cette amitié et repousser ces présents à plusieurs reprises est une action considérée comme irrévérencieuse; pourquoi cela?