MENG-TSEU dit: Si l'on suit les inspirations des grandes parties de soi-même, on est un grand homme; si l'on suit les penchants des petites parties de soi-même, on est un petit homme.
Koung-tou-tseu continua: Les hommes se ressemblent tous. Cependant les uns suivent les inspirations des grandes parties de leur être, les autres suivent les penchants des petites; pourquoi cela?
MENG-TSEU dit: Les fonctions des oreilles et des yeux ne sont pas de penser, mais d'être affectés par les objets extérieurs. Si les objets extérieurs frappent ces organes, alors ils les séduisent, et c'en est fait. Les fonctions du cœur [ou de l'intelligence] sont de penser[12]. S'il pense, s'il réfléchit, alors il arrive à connaître la raison des actions [auxquelles les sens sont entraînés]. S'il ne pense pas, alors il n'arrive pas à cette connaissance. Ces organes sont des dons que le ciel nous a faits. Celui qui s'est d'abord attaché fermement aux parties principales de son être[13] ne peut pas être entraîné par les petites[14]. En agissant ainsi, on est un grand homme [un saint ou un sage][15]; et voilà tout.
16. MENG-TSEU dit: Il y a une dignité céleste[16], comme il y a des dignités humaines [ou conférées par les hommes]. L'humanité, l'équité, la droiture, la fidélité ou la sincérité, et la satisfaction que l'on éprouve à pratiquer ces vertus sans jamais se lasser, voilà ce qui constitue la dignité du ciel. Les titres de Koung [chef d'une principauté], de King [premier ministre], et de Ta-fou [premier administrateur], voilà quelles sont les dignités conférées par les hommes.
Les hommes de l'antiquité cultivaient les dignités qu'ils tenaient du ciel, et les dignités des hommes les suivaient.
Les hommes de nos jours cultivent les dignités du ciel pour chercher les dignités des hommes. Après qu'ils ont obtenu les dignités des hommes, ils rejettent celles du ciel. C'est là le comble de la démence. Aussi à la fin doivent-ils périr dans l'égarement.
17. MENG-TSEU dit: Le désir de la noblesse[17] ou de la distinction et des honneurs est un sentiment commun à tous les hommes: chaque homme possède la noblesse en lui-même[18]; seulement il ne pense pas à la chercher en lui.
Ce que les hommes regardent comme la noblesse, ce n'est pas la véritable et noble noblesse. Ceux que Tchao-meng [premier ministre du roi de Thsi] a faits nobles, Tchao-meng peut les avilir.
Le Livre des Vers[19] dit:
«Il nous a enivrés de vin;
Il nous a rassasiés de vertus!»