43. Koung-tou-tseu dit: Pendant que Theng-keng[36] suivait vos leçons, il paraissait être du nombre de ceux que l'on traite avec urbanité: cependant vous n'avez pas répondu à une question qu'il vous a faite: pourquoi cela?
MENG-TSEU dit: Ceux qui se fient sur leur noblesse ou sur leurs honneurs interrogent; ceux qui se fient sur leur sagesse ou leurs talents interrogent; ceux qui se fient sur leur âge plus avancé interrogent; ceux qui se fient sur les services qu'ils croient avoir rendus à l'État interrogent; ceux qui se fient sur d'anciennes relations d'amitié avec des personnes en charge interrogent: tous ceux-là sont des gens auxquels je ne réponds pas. Theng-keng se trouvait dans deux de ces cas[37].
44. MENG-TSEU dit: Celui qui s'abstient de ce dont il ne doit pas s'abstenir, il n'y aura rien dont il ne s'abstienne; celui qui reçoit avec froideur ceux qu'il devrait recevoir avec effusion de tendresse, il n'y aura personne qu'il ne reçoive froidement; ceux qui s'avancent trop précipitamment reculeront encore plus vite.
45. MENG-TSEU dit: L'homme supérieur ou le sage aime tous les êtres qui vivent[38], mais il n'a point pour eux les sentiments d'humanité qu'il a pour les hommes; il a pour les hommes des sentiments d'humanité, mais il ne les aime pas de l'amour qu'il a pour ses père et mère. Il aime ses père et mère de l'amour filial, et il a pour les hommes des sentiments d'humanité; il a pour les hommes des sentiments d'humanité, et il aime tous les êtres qui vivent.
46. MENG-TSEU dit: L'homme pénétrant et sage n'ignore rien; il applique toutes les forces de son intelligence à apprendre les choses qu'il lui importe de savoir. Quant à l'homme humain, il n'est rien qu'il n'aime; il s'applique de toutes ses forces à aimer ce qui mérite d'être aimé.
Yao et Chun étaient sages et pénétrants; toutefois leur pénétration ne s'étendait pas à tous les objets. Ils appliquaient les forces de leur intelligence à ce qu'il y avait de plus important [et négligeaient le reste]. Yao et Chun étaient pleins d'humanité, mais cette humanité n'allait pas jusqu'à aimer également tous les hommes; ils s'appliquaient principalement à aimer les sages d'un amour filial.
Il est des hommes qui ne peuvent porter le deuil de leurs parents pendant trois ans, et qui s'informent soigneusement du deuil de trois mois ou de celui de cinq; ils mangent immodérément, boivent abondamment, et vous interrogent minutieusement sur le précepte des rites: Ne déchirez pas la chair avec les dents. Cela s'appelle ignorer à quoi il est le plus important de s'appliquer.
[1] «Le cœur, ou principe pensant (sin), dit Tchou-hi, c'est la partie spirituelle et intelligente de l'homme, ce qui constitue la raison dans la foule des êtres, et influe sur toutes les actions. La nature rationnelle (Sing), c'est alors la raison qui caractérise le cœur (ou principe pensant); et le ciel (Thien), c'est la source d'où la raison procède.»
[2] «Comme l'humanité, l'équité, etc.» (Glose.)
[3] «Comme les richesses, les honneurs, le gain, l'avancement.» (Glose.)