5. Le Philosophe dit: Les barbares du nord et de l'occident (les I et les Joung) ont des princes qui les gouvernent; ils ne ressemblent pas à nous tous, hommes de Hia (de l'empire des Hi), qui n'en avons point.
6. Ki-chi alla sacrifier au mont Taï-chan (dans le royaume de Lou). Le Philosophe interpella Yen-yéou[17], en lui disant: Ne pouvez-vous pas l'en empêcher? Ce dernier lui répondit respectueusement: Je ne le puis! Le Philosophe s'écria: Hélas! hélas! ce que vous avez dit relativement au mont Taï-chan me fait voir que vous êtes inférieur à Ling-fang (pour la connaissance des devoirs du cérémonial[18]).
7. Le Philosophe dit: L'homme supérieur n'a de querelles ou de contestations avec personne. S'il lui arrive d'en avoir, c'est quand il faut tirer au but. Il cède la place à son antagoniste vaincu, et il monte dans la salle; il en descend ensuite pour prendre une tasse avec lui (en signe de paix). Voilà les seules contestations de l'homme supérieur.
8. Tseu-hia fit une question en ces termes:
«Que sa bouche fine et délicate a un sourire agréable!
Que son regard est doux et ravissant! Il faut que le fond du tableau soit préparé pour peindre!» (Paroles du Livre des Vers.) Quel est le sens de ces paroles?
Le Philosophe dit: Préparez d'abord le fond du tableau pour y appliquer ensuite les couleurs. Tseu-hia dit: Les lois du rituel sont donc secondaires? Le Philosophe dit: Vous avez saisi ma pensée, ô Chang! Vous commencez maintenant à comprendre mes entretiens sur la poésie.
9. Le Philosophe dit: Je puis parler des rites et des cérémonies de la dynastie Hia; mais Ki est incapable d'en comprendre le sens caché. Je puis parler des rites et des cérémonies de la dynastie Yn; mais Sung est incapable d'en saisir le sens caché: le secours des lois et l'opinion des sages ne suffisent pas pour en connaître les causes. S'ils suffisaient, alors nous pourrions en saisir le sens le plus caché.
10. Le Philosophe dit: Dans le grand sacrifice royal nommé Ti, après que la libation a été faite pour demander la descente des esprits, je ne désire plus rester spectateur de la cérémonie.
11. Quelqu'un ayant demandé quel était le sens du grand sacrifice royal, le Philosophe dit: Je ne le connais pas. Celui qui connaîtrait ce sens, tout ce qui est sous le ciel serait pour lui clair et manifeste; il n'éprouverait pas plus de difficultés à tout connaître qu'à poser le doigt dans la paume de sa main.