Le Philosophe ayant entendu ces mots, dit: Il ne faut pas parler des choses accomplies, ni donner des avis concernant celles qui ne peuvent pas se faire convenablement; ce qui est passé doit être exempt de blâme.

22. Le Philosophe dit: Kouan-tchoung (grand ou ta-fou de l'État de Thsi) est un vase de bien peu de capacité. Quelqu'un dit: Kouan-tchoung est donc avare et parcimonieux? [Le Philosophe] répliqua: Kouan-chi (le même) a trois grands corps de bâtiments nommés Koueï, et dans le service de ses palais il n'emploie pas plus d'un homme pour un office: est-ce là de l'avarice et de la parcimonie?

Alors, s'il en est ainsi, Kouan-tchoung connaît-il les rites?

[Le Philosophe] répondit: Les princes d'un petit État ont leurs portes protégées par des palissades; Kouan-chi a aussi ses portes protégées par des palissades. Quand deux princes d'un petit État se rencontrent, pour fêter leur bienvenue, après avoir bu ensemble, ils renversent leurs coupes; Kouan-chi a aussi renversé sa coupe. Si Kouan-chi connaît les rites ou usages prescrits, pourquoi vouloir qu'il ne les connaisse pas?

23. Le Philosophe s'entretenant un jour sur la musique avec le Taï-sse, ou intendant de la musique du royaume de Lou, dit: En fait de musique, vous devez être parfaitement instruit; quand on compose un air, toutes les notes ne doivent-elles pas concourir à l'ouverture? en avançant, ne doit-on pas chercher à produire l'harmonie, la clarté, la régularité, dans le but de compléter le chant?

24. Le résident de Y demanda avec prière d'être introduit [près du Philosophe], disant: «Lorsque des hommes supérieurs sont arrivés dans ces lieux, je n'ai jamais été empêché de les voir.» Ceux qui suivaient le Philosophe l'introduisirent, et quand le résident sortit, il leur dit: Disciples du Philosophe, en quelque nombre que vous soyez, pourquoi gémissez-vous de ce que votre maître a perdu sa charge dans le gouvernement? L'empire[22] est sans lois, sans direction depuis longtemps; le ciel va prendre ce grand homme pour en faire un héraut[23] rassemblant les populations sur son passage, et pour opérer une grande réformation.

25. Le Philosophe appelait le chant de musique nommé Tchao (composé par Chun) parfaitement beau, et même parfaitement propre à inspirer la vertu. Il appelait le chant de musique nommé Vou, guerrier, parfaitement beau, mais nullement propre à inspirer la vertu.

26. Le Philosophe dit: Occuper le rang suprême, et ne pas exercer des bienfaits envers ceux que l'on gouverne; pratiquer les rites et usages prescrits sans aucune sorte de respect, et les cérémonies funèbres sans douleur véritable: voilà ce que je ne puis me résigner à voir.

[14] Il était permis aux empereurs, par les rites, d'avoir huit troupes de musiciens dans les fêtes; aux princes, six; et aux ta-fou ou ministres, quatre. Ki-chi usurpait le rang de prince.

[15] Jin, la droite raison du monde. (Comm.)