Ici, le réseau de végétation persistante étant somme toute de surface restreinte, on est d’une manière générale étroitement attaché à la pluie, beaucoup plus qu’en Sahara arabe, et l’été principalement les pâturages sont parfois rares, il ne reste que les quelques pâturages persistants à Had, Drinn, Guetof, Arta, etc.
Aussi, les Kel-Ahaggar sont, par l’absence de pluies, contraints parfois, les pâturages permanents ne suffisant pas alors, de faire nomadiser une partie de leurs chameaux dans des régions plus favorisées, hors de leur noble pays, dans l’Adrar des Iforas, dans l’Aïr, etc., et suivant les fantaisies de la pluie, certaines fractions sont contraintes de faire pâturer leurs chameaux dans des terrains de parcours qui ne sont pas les leurs[69], ce qui ne va pas sans négociations diverses, car chacun s’efforce de garder alors pour lui seul les régions précieuses où les bêtes profitent, où « il y a à manger ». C’est l’été surtout que ces crises se produisent.
Ceci nous montre tout le prix du réseau de pâturages persistants[70] du pays des Kel Ahaggar, surfaces restreintes, propriétés de tribus, jalousement réservées souvent pour les périodes dures et auxquelles des plantes particulières constituant un facteur nécessaire dans la bonne alimentation du chameau (qui doit en manger à certains moments suivant les formules compliquées de cette alimentation très spéciale sur laquelle je n’ai pas la place de m’étendre ici) donnent encore plus de prix.
Aussi les quelques coins du pays targui, susceptibles de développement agricole, correspondant souvent au meilleur de ces quelques pâturages résistants, de ces quelques pâturages de garantie contre la sécheresse et de grande nécessité pour le cycle alimentaire du chameau, on comprend qu’un développement agricole[71] de l’Ahaggar, outre les obstacles qu’il rencontrerait du côté de la main-d’œuvre puisse se heurter à l’hostilité des Touareg à qui il enlèverait des éléments nécessaires à leur vie pastorale.
Le nomadisme des chameaux n’est pas toujours celui des individus accompagnés de leurs ânes, chèvres et moutons ; souvent les Touareg, principalement les femmes, restent avec les chèvres, les moutons et les ânes en terre d’Ahaggar, dans leur terrain ancestral de parcours auquel ils sont très attachés et continuent à transhumer suivant leurs traditions, leurs habitudes, très casanièrement pourrait-on dire, pendant que les chameaux sont emmenés prendre de la bosse ou l’entretenir, où ils trouvent bon pacage et les pâturages qui conviennent à la saison et à leur état. Il semble que l’on trouve là un reflet dans les mœurs, de cette évolution de l’humidité du climat au Sahara dont il est souvent question dans ce travail.
Il est d’ailleurs constant que pour certaines régions actuellement peu sympathiques du pays des Kel Ahaggar, les Touareg vous parlent d’un temps assez proche (une centaine d’années, pas plus) où elles étaient plus favorisées sous le rapport des pâturages et des points d’eau ; à citer en particulier à ce sujet les voisinages de l’Amadror.
Le pâturage vert est excellent pour remettre en état un chameau, il est agréable aussi parce qu’il diminue la fréquence de la nécessité des opérations d’abreuvoir[72], mais c’est un pâturage fade — aussi les Touareg, quand ils ne peuvent recourir à un pâturage salé, donnent du sel à leurs chameaux.
L’alimentation du chameau a d’ailleurs un tas de nécessités qui rendent très complexes son élevage et son entretien, ces nécessités se superposant avec la question de la pluie. Son étude détaillée sortirait du cadre de ce travail.
Les mehara de l’Ahaggar sont souvent des animaux petits fins, nerveux, musclés et à ligne élégante.
Les vrais mehara de l’Ahaggar proviennent d’une véritable sélection, alors qu’en pays arabe, c’est surtout le choix, le dressage et la castration qui font le mehari.