Le mehari Ahaggar, de race pure, se distingue généralement bien des mehara provenant des autres élevages :

le mehari de l’Adrar est généralement grand, a une ligne majestueuse, un pas magnifique, mais est généralement moins fin et moins léger que le mehari Ahaggar et sa figure est moins éveillée ;

le mehari du Fezzan est plutôt un chameau mixte qu’un mehari, il a de très solides qualités ;

le mehari de l’Aïr est souvent de robe pie et d’allure délicate ;

le pays arabe ne produit guère de beaux mehara ; sa spécialité, ce sont les chameaux porteurs, les chameaux lourds, supportant de grosses charges. (Le commandant Pujat distingue d’ailleurs les chameaux arabes des autres chameaux du Sahara, en fait une espèce différente, originaire d’Asie, amenée par les invasions arabes, alors que les chameaux touareg seraient d’origine essentiellement africaine, en tous les cas, d’introduction plus ancienne en Afrique.)

Le mehari de l’Ahaggar est le mehari par excellence, le chameau de guerre ; il est agréable à monter, a un pied extraordinairement sûr, passe partout dans la montagne, supporte bien l’amble et le trot, peut couvrir de grandes distances (jusqu’à 120 km. dans la journée), est capable de courir en course en terrain accidenté, enfin est susceptible de marcher au galop et même de partir au galop de pied ferme.

On l’accuse d’être parfois un peu plus délicat que les autres chameaux et d’être peu à son aise dans les sables, mais c’est là peut-être une fausse réputation : car au bon, au vrai mehari de l’Ahaggar on a fait subir en général dans sa jeunesse l’entraînement, l’accoutumance à tous les terrains et à tous les genres de pâturages, à toutes les régions en particulier par la vie de rezzous et il est très résistant quand on sait le mener surtout, si après son dressage, on lui a laissé se constituer de la bosse de plus d’un an et qu’on le prend avec cette bosse ferme et confirmée.

Mais c’est dire que la formation d’un vrai mehari Ahaggar est une œuvre de longue haleine, qui nécessite tout un art et une succession de combinaisons compliquées, aussi les Kel Ahaggar ne se défont pas facilement de leurs excellentes montures qui représentent tant de soins, d’attention, de dressage et de formation savante, et, en général, nous n’arrivons pas à en posséder — de là sûrement une réputation injustifiée, car il y a des mehara touareg dont la résistance est extraordinaire.

Enfin les mehara touareg sont souvent éduqués avec beaucoup de douceur et d’intelligence, ils en arrivent à avoir un caractère autrement plus fin et sympathique que les stupides chameaux arabes abrutis par la brutalité de leurs maîtres ; le mehari targui connaît son maître et manifeste discrètement pour lui, par de petits cris, ses impressions diverses, sa joie, son étonnement, etc., animant ainsi la route de ses réflexions gentilles et remplissant le rôle d’un camarade discret, dévoué et affectueux. Il est même parfois trop familier et s’oublie à mettre pensivement sa tête sur votre épaule[73].

Les mehara ne sont qu’une minorité dans l’ensemble des chameaux touareg : les Touareg en effet élèvent principalement des chameaux pour leur lait, pour leur viande et pour porter ; les animaux qui ne sont pas encore « sedes » font nombre aussi ; et tout cela constitue des troupeaux ; ces troupeaux de chameaux sont le principal de la richesse en pays targui.