Les campagnes de ces dernières années ont porté un coup très rude à l’élevage ahaggar et son cheptel camelin a de la difficulté à se remonter.

Les Touareg sont gens de chameaux et aussi gens de chèvres. Les chèvres sont leur grand élevage avec les chameaux ; ils en ont de grands troupeaux, mais c’est plutôt l’accessoire de la richesse. Elles leur fournissent du lait, du beurre, des fromages, de la viande.

Toute une partie de la population, les plébéiens, est appelée Kel-oulli (gens de chèvres) plutôt qu’imrad — ce dernier terme étant méprisant alors que le premier ne l’est pas.

Souvent, comme je l’ai dit précédemment, les tentes touareg ne circulent qu’avec leurs chèvres, leurs ânes et quelques mehara — le gros des chameaux menant une vie de pâturage distincte.

Pour les chevreaux, les Touareg édifient de petites tours basses dans lesquelles ils les entassent la nuit — il convient de ne pas confondre ces petits abris avec des tombeaux ou autres monuments lithiques.

Les chèvres demandent à boire tous les jours et mangent un peu de tout.

Les cuirs de chèvres peuvent évidemment faire l’objet d’un certain commerce[74] ; mais il conviendrait de ne pas exagérer les possibilités de rendement de l’élevage ahaggar, qui déjà semble trouver ses pâturages insuffisants à certains moments, ni de fonder de trop grands espoirs sur le commerce de ces peaux qui nécessiteraient, pour pouvoir jouer un rôle sur le marché des cuirs (des peaux de gants par exemple), d’être tannées avec soin, ce qui imposerait la création d’un centre de tannage dans l’Ahaggar — et un traitement des chèvres durant leur vie, qui permette de compter sur la qualité de leur peau après leur mort.

Les Touareg font avec le lait de chèvre du beurre et du fromage qu’ils vont vendre souvent fort loin.

Avec les chèvres, les Touareg possèdent des moutons (sans laine), plus rares ; ces moutons sont souvent croisés avec des chèvres et donnent des produits bizarres mâtinés chèvre et mouton, avec longue queue, poil long et cornes de chèvres.

Enfin, des ânes font partie du cheptel inséparable des tentes touareg ; ce sont de jolis ânes gris argent, avec les pattes zébrées et une croix noire veloutée sur le dos ; souvent ils s’échappent et mènent une vie sauvage.