[74]Je n’ai pas la place de traiter dans cet ouvrage du rendement et de l’avenir possible de l’Ahaggar. On peut dire pour être bref qu’au point de vue commercial et du développement économique de ce pays la question qui se pose n’est pas de savoir ce que l’on pourrait vendre aux Touareg, car ils sont extrêmement avides de tout, mais bien au contraire de savoir ce qu’on pourrait leur acheter pour qu’ils aient de l’argent à dépenser à des achats auxquels ils ne demandent qu’à se livrer.

Mais pourquoi ne laisserait-on pas ce peuple charmant de chevaliers et de pasteurs, d’amoureux et de poètes, continuer de constituer dans le monde un merveilleux anachronisme.

Si l’on arrivait à développer considérablement des cultures diverses pour que l’Ahaggar produise céréales et fruits secs (raisins, figues, etc.), et si l’on arrivait à créer des industries diverses de cuirs, de conserves de viandes ; si l’on parvenait à exploiter des mines variées (fer, or, etc.) et à capter l’énergie immense des vents sahariens (turbines à vent, etc.) ou celle du soleil, ne serait-ce point en fixant ce peuple délicieusement nomade, en lui enlevant de son splendide isolement, en supprimant son beau désordre et en l’affublant des pitoyables attributs de notre civilisation ?! et il faudrait sans doute dire adieu aux « gestes » de ces derniers chevaliers, aux libres « meharées », aux mélodies des « imzaden », aux tendres « Ahals » près des tentes et aux poèmes du rythme « ilâner-ialla ! »...


III
ÉTUDES ZOOLOGIQUES


De la faune dulcaquicole du pays targui.

Au point de vue zoologique, le Massif Central Saharien est intéressant par sa faune dulcaquicole ; alors que les pays crétacico-tertiaires ne possèdent pas en général (en dehors des oasis) d’eaux permanentes en surface, le Massif Central Saharien avec ses vallées profondes, ses eaux totalisées plus ou moins dans les lits de ses vallées et ses seuils de retenue, présente en un certain nombre de points des petites mares permanentes.

Chose curieuse étant donné l’éloignement actuellement réciproque de ces mares et leur éloignement global d’autres milieux dulcaquicoles, ces points d’eau possèdent une faune aquatique complète.

Au premier abord l’on peut remarquer d’abondants insectes d’eau ; les Dytiscides, les Gyrinides, les Hémiptères-Népides (Noctonètes et autres) sont nombreux.