« Ma-t-toulid ? » (Comment vas-tu ?), « Elkhir-râs » (le bien seulement), etc., qui se succèdent longuement et cérémonieusement, la reine entourée de ses nombreuses suivantes m’offre le thé. Les trois verres parfumés de menthe sont bus religieusement ; les suivantes chantent ou disent des poèmes de bienvenue en tamahak et commencent ensuite les imzaden de chanter langoureusement...
Je me retire bientôt, suivi de mon monde et du khalifat, et me rends à ma tente très lentement, selon les rites, pour marquer mon regret de m’éloigner de la charmante reine qui vient de me recevoir.
Le soir, la femme du khalifat et ses amies viennent jouer de l’imzad dans ma tente et causer, de peur que je ne m’ennuie tout seul, jusqu’à ce que, vaincu par la fatigue, je m’abandonne aux doux bras de Morphée.
Un soir, il y a « ahal » en mon honneur ; c’est une réunion galante de jeunes gens et de jeunes filles, de guerriers et de jeunes femmes, une vraie cour d’amour de jadis avec président et présidente (amrar et tamrart-n-ahal), où l’on pose des questions insidieuses sur l’amour, sur la beauté des assistantes, où l’on chante sa belle, où l’on fait assaut de poèmes, et jusque fort tard, sous la clarté lunaire les imzaden, de leurs soupirs caressants, invitent à la volupté pendant que l’on se conte fleurette à mi-voix.
Enfin, une grande coupe de lait passe de bouche en bouche... c’est le signal du départ... On se disperse, et, si l’on a été heureux en amour, l’on se rend vers des rendez-vous plus doux.
Le matin hélas, il faut partir... il faut s’arracher à cette cour enchanteresse... ; dans la splendeur du soleil levant ce sont les adieux pleins de regrets, puis le départ au galop d’un mehari écumant et fougueux dans les ou ! ou ! frénétiques, frémissants des femmes...
Je rencontre ainsi de nombreux campements que je quitte chaque fois à regret... N’ont-ils pas tous quelques beaux yeux pour vous retenir ?
Elles s’appellent Guida, Dohata, Melloullen, Marenia, Lallaryée, Ossou, Smana, Dacine...
Elles vivent pour la musique, la poésie et l’amour.
On n’oublie pas leur beauté :