Quelle vie grisante on mène à alterner ainsi les périodes de solitude, de fatigue et de danger avec les repos animés et sûrs de campements amis ; dans l’enivrement d’avoir de l’espace, d’être libre, de jouer avec le danger, d’avoir, au bercement de sa monture, devant ses Touareg silencieux, pour songer des jours entiers, et dans celui de trouver un accueil enchanteur dans quelque tribu amie, parmi les ou ! ou ! passionnés des femmes.

Je rencontre en particulier les campements du célèbre Anaba-ag-Amellal, qui trempa dans le massacre de la Mission Flatters, et qui revient de dissidence (car il a toujours fait partie du parti hostile à notre influence, et dans ces derniers temps agités il était aux côtés de ceux qui voulurent briser l’amitié française avec Ahmoud, avec les Sénoussistes) ; je suis sans doute le premier Français qui le voit depuis ses dernières incartades.

Il se conduit cependant convenablement, et boit vaillamment la coupe d’amertume que doit être pour lui l’obligation de me traiter en suzerain et de me faire les honneurs de ses tentes.

Cependant il éprouve le besoin de me faire admirer sa carabine italienne — sa carabine d’insoumis — dont il apprécie particulièrement, dit-il, le chargeur à six cartouches et la baïonnette-appui. Je dois lui faire remarquer que les carabines françaises semblent en général ne pas manquer leurs buts, pour qu’il cesse de mettre sur ma poitrine un canon de carabine chargée dont le contact m’était désagréable et adopte le ton qui convient à la situation.

Ses tentes ne sont pas gaies : sa femme Raima est en deuil de la mort de son frère, le célèbre amenoukal Moussa-ag-Amastan, et mène une retraite des plus sévère. Un autre deuil fait que les imzaden sont muets le soir dans les campements d’Anaba.

Et c’est dommage, car il y a de fort gentilles dames et damoiselles de haut lignage dans les campements d’Anaba et l’ahal eût été charmant, certainement.

Je passe au pied de la célèbre Gara-ti-Djanoun, la terminaison Nord de l’Oudan.

Planche XV.

Le Pays cristallin. Le massif de l’Oudan avec la célèbre Gara-ti-Djenoun.