Deux assez beaux Telehs (Acacia tortilis).

La légende de cette haute montagne (2.700 m. environ), la plus impressionnante et la plus étrange que j’aie vue avec le Tellerteba, au pays des Kel-Ahaggar, a peut-être servi de thème à l’Atlantide... (Connaît-on toujours les sources de M. Pierre Benoît ?...), car je rencontre près d’Ens Iguelmamen, au bas de ce mont, des femmes qui me racontent ceci :

Deux amis, disent-elles, étaient partis pour tenter de monter sur cette cime inaccessible ; un seul en revint racontant que là-haut son compagnon était resté dans des jardins merveilleux couvrant le plateau terminal jusque-là inviolé... avec des femmes surnaturelles, et que lui n’avait pu qu’à grand’peine s’arracher à leurs étreintes ensorcelantes pour redescendre vers sa fiancée.

Depuis lors nul parmi les Touareg ne tenterait pour rien au monde l’ascension de cette montagne hantée, de si charmantes déités pourtant !

« Les femmes le défendent ! » me disent toutes fières de leur pouvoir les deux jolies Targuias qui me racontent cette légende.

A Amguid, je subis une crise d’appendicite et je dois y séjourner un mois en attendant que ma crise passe. Quoique beaucoup des Touareg qui nomadisent par là soient Senoussistes, et en soumission assez discontinue et douteuse, ils se conduisent cependant bien vis-à-vis de moi et je goûte alors tout particulièrement le charme de cette vie primitive d’un peuple, guerrier et pasteur de chèvres, qu’est la vie des Touareg, charme analogue un peu à celui qui se dégage des chants d’Homère sur les anciens Hellènes.

Vient l’époque où le Drinn est mûr :

Toute la jeunesse quitte alors les campements pour plusieurs jours et s’établit souvent fort loin des parents dans les étendues à Drinn.

Dans la journée, le Drinn est coupé à la faucille et les femmes le vannent et en moulent le grain (l’Oullen) entre deux pierres.

Puis, au coucher du soleil, chacun se met dans ses plus beaux atours et il y a ahal près de quelque bel Etel où l’on se donne rendez-vous.