C’est que c’est une question vitale.

Le chameau en effet est très résistant, mais à la condition qu’il mange presque tout le temps et que sa nourriture soit celle qui lui plaît.

On s’expose à des désastres si les chameaux n’ont pas régulièrement chaque jour leurs heures de pâturage.

Car cet animal ne se « refait » pas en cours de route ; tout ce que l’on peut espérer, et encore, c’est qu’il se conserve assez près de sa forme de départ et il faut un pâturage régulier[21] pour le maintenir ainsi à peu près en forme (en supposant naturellement qu’on ne le fatigue pas trop), sinon sa bosse fond, puis ses cuisses, l’animal a l’œil triste, et bientôt il tombe « assel » et vous dit adieu sans se préoccuper du cruel embarras dans lequel il vous met.

Le chameau est difficile quant à sa nourriture, non que les plantes qu’il mange présentent toujours à notre œil humain un aspect bien appétissant, mais il aime une certaine variété et si on abuse de certains genres de pâturages trop longtemps, il erre tristement avec un air distrait et pensif sans sembler songer à la présence des plantes qu’il avalait goulûment la veille ; il faut donc le mettre en appétit par des changements fréquents si on veut qu’il mange beaucoup et se maintienne en bonne forme.

Certains ont une nature plus heureuse et sont toujours en appétit, mais ce sont des cas particuliers.

Des considérations de saison et d’état des animaux jouent aussi dans le choix des pâturages ainsi que des considérations d’abreuvage.

Pour qu’un chameau profite des instants qu’on lui donne pour paître, il est préférable qu’il soit nu et qu’il puisse folâtrer à son aise. Quand on le peut, il vaut mieux le laisser sans entraves : il y a beaucoup de fantaisie dans son caractère et il faut qu’il puisse s’y abandonner à ces moments-là ; c’est un grand enfant farceur : il aime aller de touffes en touffes en ne donnant qu’un coup de dent à chacune ; bien souvent il refusera d’une plante qu’on lui offre, pour se précipiter avec un air affriandé vers une autre semblable et de même espèce ; il aime à happer rapidement, et sous son nez, la touffe qu’un camarade se préparait à tondre.

Les chameaux n’aiment pas manger avec la chaleur ; l’été, il faut les faire paître le matin jusqu’à 10 heures ou l’après-midi après 5 heures du soir, ou encore la nuit.

Si le chameau aime des plantes piquantes comme le Had qu’il dévore ainsi qu’un mets velouté, s’il aime des espèces de paquets de verges comme le Damran et l’Ageran, bref, si beaucoup de ses mets préférés semblent trouver chez lui de l’affection par suite d’un fond de vice dans sa nature, il a également un goût marqué pour les fleurs les plus délicates, les plus parfumées et les plus charmantes, comme les fleurs d’Acheb, de Teleh, de R’tem, et semble ne pas être insensible, loin de là, à la poésie et à la tendresse de cette nourriture.