C’est une stupeur, la première fois que l’on rencontre de l’acheb, de voir tout ce parterre brillant et éclatant de fleurs délicieuses de grâce et de couleurs, happé goulûment par sa lèvre bavante et dégoûtante de chameau.
En cet animal si inattendu qu’il semble avoir été forgé un jour de distraction, si repoussant qu’aucun art antique ne s’est plu à en reproduire l’image, si abject que d’un commun accord les textes anciens ont en général fait silence autour de lui, je n’en vois qu’une excuse : ses bons yeux doux et profonds.
Des plantes du Sahara arabe, le chameau préfère le Had, le Sfar, le Damran, le Krom, en fleurs ou portant ses graines, le Chobrock en fleurs et par dessus tout l’Acheb (ou pâturage vert).
Le Drinn, le Sboth et le Nessi, quand ils ne sont pas trop secs ou qu’ils portent leurs graines, sont aimés du chameau.
Le chameau mange l’Azelle, l’Aricha, le Guetof, le Baguel, l’Agerem et le Bel-Bel.
Il ne mange pas l’R’tem, sauf ses fleurs, ni l’Alenda, ni le Zemma, ni le Falezlez.
Il n’accepte le Ressel que quand cela lui passe par la tête — et c’est assez rare.
On le voit parfois s’attaquer aux Tamarix.
Du Teleh il mange les fleurs et les fruits en tire-bouchon, avec grand plaisir. Les Touaregs, avec les fruits du Teleh, font, en les pilant, des pâtées pour les jeunes.
Telle est la valeur des plantes essentielles du Sahara arabe pour l’alimentation des chameaux.