[9] Plerique se prend souvent chez Tacite dans le sens de multi.

[10] Tanquam: cf. 20, note [11]. Ici encore Tacite interprète les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les sœurs et les épouses de leurs tyrans.

9. Deorum maxime Mercurium[1] colunt, cui certis diebus humanis quoque hostiis[2] litare fas habent. Herculem ac Martem[3] concessis animalibus[4] placant. Pars Sueborum et Isidi[5] sacrificat: unde causa et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7]. Ceterum nec cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare ex[8] magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9] consecrant deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia vident.

[1] Mercurium. Cet exposé de la religion des Germains, plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par l’habitude d’interpréter à la romaine les croyances étrangères. L’assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance d’attributs. Cf. Mercurii dies, mercredi, et Wednesday en anglais.

[2] Hostiis. C’étaient généralement des prisonniers de guerre. C’est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et tiraient des présages de leur sang.

[3] Herculem et Martem: Thunar et Tiu. Comparez l’anglais Tuesday et le français mardi.

[4] Concessis animalibus, les animaux qu’il est permis de sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus probablement par opposition aux sacrifices humains que la conscience réprouve.

[5] Cette prétendue Isis est probablement l’épouse de Wôdan. Isis, épouse d’Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par les Romains.

[6] Peregrino sacro: datif de possession ou de destination. Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf. Ann., II, 64: Causas bello. — Nisi quod: cf. 29, note [11].

[7] Religionem signifie ici non pas doctrine religieuse, mais culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire est une preuve que cette déesse est bien l’Isis des Romains et des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise l’importation de ce culte. — Liburna, navire léger, d’abord propre aux Liburnes d’Illyrie.