[8] Ex, en rapport avec. Cf. 7, note [5]. Encore une interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que ce peuple n’eût ni temples ni statues, tout simplement parce qu’il ignorait l’architecture et la sculpture. Les Germains représentèrent d’abord leurs dieux par des symboles ou des attributs, mais plus tard par de vraies statues.
[9] Lucos ac nemora. Pléonasme. Lucus signifie plus spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général; Nemus, habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages, s’emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent réunis en poésie. Virgile, Buc., VIII, 86: Per nemora atque altos quærendo bucula lucos.
[10] Secretum illud, ils se servent du nom des dieux pour désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré et qu’ils voyaient de leurs yeux.
10. Auspicia sortesque[1] ut qui maxime[2] observant. Sortium consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3] arbori decisam in surculos amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem temere ac fortuito spargunt. Mox[4], si publice consultetur, sacerdos civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque suspiciens ter singulos[5] tollit, sublatos secundum impressam ante notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem diem[7] consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8] fides exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque interrogare: proprium gentis[9] equorum quoque præsagia ac monitus experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10] ac lucis, candidi et nullo[11] mortali opere contacti; quos pressos sacro curru[12] sacerdos ac rex vel princeps[13] civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14] conscios putant. Est et[15] alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo modo[16] interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17] accipitur.
[1] Auspicia et sortes. Comme on le voit par le reste du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes. Sortes, divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.
[2] Ut qui maxime, autant que personne. (Gr. lat., 371.)
[3] Frugiferæ est pris ici dans un sens plus général qu’au ch. [5]. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le poirier, le hêtre, etc. — Notis. C’étaient, soit les caractères spéciaux appelés runes, en usage chez les anciens Germains, soit des signes quelconques auxquels on attribuait d’avance une signification conventionnelle. — Vestis, étoffe en général. Cf. 40, note [10].
[4] Mox signifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé pour marquer le progrès de la narration. Cf. [2], où il est précédé de primum. — Publice. Cf. 15, note [7].
[5] Ter singulos. On emploie les adjectifs distributifs lorsque le nombre doit être répété plusieurs fois. C’est ainsi que l’on dit bis bini, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un morceau, c.-à-d. trois morceaux l’un après l’autre; et non pas: il lève trois fois chaque morceau.
[6] Si prohibuerunt (surculi), si les pronostics qu’on en a tirés sont défavorables.