19. Ergo sæpta pudicitia[1] agunt, nullis spectaculorum illecebris, nullis conviviorum irritationibus corruptæ. Litterarum secreta[2] viri pariter ac feminæ ignorant. Paucissima in tam numerosa gente adulteria, quorum pœna præsens[3] et maritis permissa: accisis crinibus, nudatam coram propinquis expellit domo maritus ac per omnem vicum verbere agit. Publicatæ enim pudicitiæ[4] nulla venia: non forma, non ætate, non opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet, nec corrumpere et corrumpi sæculum[5] vocatur. Melius[6] quidem adhuc eæ civitates in quibus tantum virgines nubunt et cum spe votoque uxoris semel transigitur[7]. Sic unum accipiunt maritum quomodo unum corpus unamque vitam, ne ulla cogitatio ultra[8], ne longior cupiditas, ne tanquam maritum, sed tanquam matrimonium ament. Numerum liberorum finire[9] aut quemquam ex agnatis[10] necare flagitium[11] habetur, plusque ibi boni mores valent quam alibi[12] bonæ leges.

[1] Sæpta pudicitia, leur vertu est comme entourée, c.-à-d. défendue, protégée par les mœurs et les institutions. — Agunt: cf. 17, note [2].

[2] Litterarum secreta, non pas en général l’art de se faire comprendre au moyen de signes appelés lettres, c.-à-d. l’écriture, mais les correspondances secrètes: litteræ équivaut à epistolæ. Ici la satire des mœurs romaines devient presque directe.

[3] Præsens, immédiate, qui n’attend pas les délais de la procédure.

[4] Publicatæ pudicitiæ nulla venia, point de pardon pour celle qui prostitue son honneur.

[5] Sæculum, les mœurs du siècle. Traduisez: «ne s’appelle pas vivre selon le siècle, ou être de son temps».

[6] Melius, s.-e. agunt. Cf. Ann., I, 43: Melius et amantius ille qui gladium offerebat.

[7] Semel transigitur: on en finit une fois pour toutes avec... Ainsi la mort même d’un époux ne rendait pas au survivant sa liberté et n’autorisait pas les secondes noces. Tacite songe aux Romains, pour qui le divorce, introduit dans les lois et dans les mœurs, réduisait le mariage à n’être qu’une formalité, révocable presque sans motif.

[8] Ultra, s.-e. sit. Cf. 13, note [8].

[9] Finire numerum, limiter le nombre.