22. Statim e[1] somno, quem plerumque in diem[2] extrahunt, lavantur[3], sæpius calida, ut apud quos[4] plurimum hiems occupat. Lauti cibum capiunt; separatæ singulis sedes[5] et sua cuique mensa. Tum ad negotia nec minus sæpe ad convivia procedunt armati. Diem noctemque[6] continuare potando nulli probrum. Crebræ, ut inter vinolentos[7], rixæ raro conviciis[8], sæpius cæde et vulneribus transiguntur. Sed et de reconciliandis invicem[9] inimicis et jungendis affinitatibus et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello plerumque in conviviis consultant, tanquam[10] nullo magis tempore aut ad simplices[11] cogitationes pateat animus aut ad magnas incalescat. Gens non astuta nec callida aperit adhuc[12] secreta pectoris licentia joci. Ergo detecta et nuda[13] omnium mens postera die retractatur[14], et salva utriusque temporis ratio est[15]: deliberant dum fingere nesciunt, constituunt dum errare non possunt.
[1] Ex signifie souvent au sortir de, immédiatement après. César, Bell. Civ., I, 22, 4, ex prætura. Ce sens peut être précisé comme ici par statim. Cf. Ann., XV, 69, ex mensa.
[2] Plerumque: cf. 13, note [12]. — In diem, jusque dans le jour, et non pas jusqu’au jour, sens que in a quelquefois à l’époque impériale. Quintilien, 8, 3, 68: usque in illum diem. Cf. [45], in ortum, et la [note].
[3] Lavantur: forme passive qu’on peut rattacher à une voix moyenne (Ragon, Gr. lat., 409, et Riemann, Synt. lat., § 133, a 1o). Calida, s.-e. aqua.
[4] Ut apud quos: cf. 2, note [15]. Cette proposition relative marquant la cause devrait être construite avec le subjonctif (Ragon, Gr. lat., 503, 3o). L’exception, qu’on rencontre quelquefois, est une construction incorrecte (Riemann, Synt. lat., § 221, rem. II et note 3). On propose d’ailleurs occupet au lieu de occupat, mais déjà au ch. XVIII, dans ut quibus nullus per commercia cultus, il semble bien qu’on doive sous-entendre est, et non pas sit. — Plurimum, s.-e. temporis ou anni.
[5] Separatæ sedes. Tacite, comme on peut s’y attendre chez un écrivain qui peint un peuple étranger, signale surtout les détails de mœurs qui s’écartent le plus des habitudes de son pays. Chez les Romains la salle à manger contenait trois lits, sur chacun desquels trois et quelquefois quatre convives prenaient place. Horace, Sat., I, IV, 86: Sæpe tribus lectis videas cenare quaternos. — Sua cuique mensa. C’était sans doute moins une table qu’un simple plateau sur lequel chacun mettait sa part du repas. Cf. l’allemand Tisch, qui vient du latin discus.
[6] Diem noctemque, un jour entier et la nuit suivante, comme l’indique le verbe continuare.
[7] Ut inter vinolentos: cf. 2, note [15]. — Vinolentus désigne l’état d’ivresse en général, car nous voyons au commencement du chapitre suivant que les Germains s’enivraient avec autre chose que du vin.
[8] Raro conviciis: les injures sont le fait d’un homme qui n’ose en venir aux mains, d’un poltron. Dans les Niebelungen on lit: «Il ne convient pas à des guerriers de se blesser avec des paroles à la manière des vieilles femmes.» — Transigitur: cf. 19, note [7].
[9] Proprement, invicem ne signifie que tour à tour; mais à l’époque impériale on l’emploie fréquemment pour marquer la réciprocité au lieu de inter se. Cf. [37], multa invicem damna.