[12] Septimum. Ovide dit du Danube (Tristes, II, 2, 189): Septemplicis Histri. Hister ( Ἴστρος) est le nom grec, Danuvius le nom celtique latinisé.

2. Ipsos[1] Germanos indigenas crediderim[2] minimeque aliarum gentium adventibus[3] et hospitiis mixtos, quia nec terra olim, sed classibus advehebantur qui mutare sedes quærebant[4], et immensus ultra[5] utque sic dixerim adversus[6] Oceanus raris ab orbe nostro navibus aditur. Quis porro[7], præter periculum horridi et ignoti maris, Asia aut Africa aut Italia relicta, Germaniam peteret[8], informem terris, asperam cælo, tristem cultu aspectuque[9], nisi si patria sit? Celebrant carminibus antiquis, quod[10] unum apud illos memoriæ et annalium genus est, Tuistonem[11] deum terra editum et filium Mannum originem gentis conditoresque[12]. Manno tres filios assignant, e quorum nominibus proximi Oceano Ingævones, medii Herminones, ceteri Istævones vocentur[13]. Quidam[14], ut[15] in licentia vetustatis, plures deo ortos pluresque gentis appellationes, Marsos, Gambrivios, Suevos, Vandilios affirmant, eaque vera et antiqua nomina. Ceterum Germaniæ vocabulum recens et nuper additum[16], quoniam qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint ac nunc Tungri[17], tunc Germani vocati sint: ita, nationis nomen, non gentis[18], evaluisse paulatim, ut omnes primum a victore ob metum, mox[19] etiam a se ipsis invento nomine Germani vocarentur[20].

[1] Ipsos marque ici la transition. Tacite passe du pays aux habitants eux-mêmes. Cf. Agricola, 13, une transition analogue.

[2] Crediderim. Le subjonctif affaiblit encore l’affirmation déjà adoucie par l’emploi de ce verbe. (Gr. lat., 423.)

[3] Adventibus peut s’appliquer à des immigrations (adventus gallicus dans Cicéron signifie l’invasion des Gaulois), hospitiis, seulement à des relations pacifiques. Cette opinion de Tacite et, par conséquent, les raisons sur lesquelles il l’appuie sont inexactes. De grandes migrations venues d’Asie ont peuplé l’Europe, et elles se sont effectuées par terre; mais Tacite songe à combattre l’opinion d’après laquelle des immigrations auraient eu lieu des bords de la Méditerranée, et en ce sens il a raison.

[4] Quærebant. Ce verbe ne se construit pas d’ordinaire avec l’infinitif, sauf chez les poètes, et postérieurement à l’époque classique.

[5] (Oceanus) ultra. L’océan qui s’étend vers le nord de l’autre côté de la Germanie. Ultra joue ici le rôle d’adjectif. Cette façon de parler, que l’existence d’un article en grec rend très fréquente dans cette langue, est rare en latin, du moins chez Cicéron et César, mais Tite-Live et Tacite en usent assez souvent. Cf. Riemann, Synt. lat., § 5.

[6] Adversus. Ce mot signifie ici opposé (au monde romain dont la Méditerranée occupait le centre). On le traduit quelquefois par hostile (cf. 34, note [6]) et, comme on dit souvent adverso flumine navigare, on a pensé aussi que Tacite voulait marquer par ce mot qu’en allant vers le Nord on est en quelque façon obligé de remonter l’Océan, que les anciens se représentaient comme un fleuve entourant la terre.

[7] Porro introduit une confirmation du raisonnement commencé. Præter = ut prætermittam, sans parler de.

[8] Quis... peteret? Qui aurait gagné la Germanie? Sur la signification de cet imparfait du subjonctif (potentiel du passé), cf. Ragon, Gr. lat., 423, rem. 3.