Les plus remarquables des Raskolniky sont incontestablement les Malakanes et les Doukhobortzi. Malakanes est un surnom donné aux membres de cette secte, parce qu'ils mangent du lait, en russe, malako, les jours de jeûne; mais ils s'appellent entre eux Istinniyé Christiané, c'est-à-dire vrais Chrétiens. On ne sait rien sur leur origine. On dit seulement que, vers le milieu du XVIIIe siècle, un Prussien, prisonnier de guerre, sans grade officiel, s'établit au milieu des paysans, dans un village du gouvernement de Kharkof, et s'acquit une telle influence sur eux, qu'ils le consultaient en toute occasion et suivaient toujours ses avis. Il n'avait pas de demeure à lui; mais il allait de chaumière en chaumière, lisant et expliquant chaque soir la Bible à un groupe de villageois, et il continua ainsi jusqu'à sa mort.
On n'a pu découvrir aucun autre détail sur son compte, ni même son nom, et la seule chose que l'on sache, c'est qu'il vécut dans un village habité par les Malakanes. Il est cependant beaucoup plus probable qu'il avait trouvé une communauté religieuse préexistante, avec laquelle ses opinions coïncidaient, plutôt que d'en être le fondateur, car l'on découvrit, vers cette époque, dit-on, une communauté semblable dans le gouvernement de Tamboff. Cette secte n'est pas nombreuse. Environ trois mille de ses membres sont établis dans le gouvernement de la Crimée, où ils ont été visités, en 1843, par le baron Haxthausen, qui parvint à obtenir l'explication suivante de leur croyance:
Ils reconnaissent la Bible pour la parole divine, et l'unité de Dieu en trois personnes. Ce Dieu incréé, principe de toutes choses, est un esprit éternel, immuable, invisible. Dieu demeure au milieu des clartés d'un monde pur. Il voit tout, il fait tout, il régit tout; tout est rempli de lui; il a créé le ciel et la terre et tout ce qui respire. Au commencement, tout ce qui sortit de ses mains était bon et parfait. L'âme d'Adam, non son corps, fut créée à l'image de Dieu. Cette âme immortelle était douée d'une pureté céleste et d'une notion claire de la divinité. Le mal était inconnu à Adam, qui jouissait d'une sainte liberté aboutissant à Dieu le Créateur. Ils admettent le dogme de la chute d'Adam, la naissance, la mort et la résurrection du Christ, de la même manière que les autres Chrétiens, et ils donnent aux dix commandements l'interprétation suivante:
Le premier et le second défendent l'idolâtrie: donc le culte des images est interdit.
Le troisième montre que l'on ne doit pas faire de serment.
Le quatrième s'observe en passant les dimanches et les autres fêtes à prier, à chanter les louanges de Dieu et à lire la Bible.
Le cinquième, en ordonnant d'honorer père et mère, commande l'obéissance envers toutes les autorités.
Le sixième défend deux sortes de meurtre. Premièrement, le meurtre corporel, au moyen d'une arme, du poison, etc., qui est un crime, excepté en cas de guerre, où il est permis de tuer pour la défense du czar et du pays, et, en second lieu, le meurtre spirituel, que l'on commet en détournant les autres de la vérité par des paroles trompeuses, ou en les attirant, par le mauvais exempte, dans une voie qui conduit à la damnation éternelle. Ils considèrent aussi comme meurtre, d'injurier, de persécuter ou de haïr un voisin. Durant les paroles de saint Jean: Celui qui hait son frère est un meurtrier.
En ce qui concerne le septième commandement, ils voient un adultère spirituel, même dans un trop grand attachement à ce monde et à ses plaisirs passagers, et, en conséquence, l'on doit fuir non-seulement l'impudicité, mais encore l'ivrognerie, la gourmandise et la mauvaise fréquentation.
Par le huitième, ils mettent la violence et la ruse sur la même ligne que le vol.