«C'est un peuple (les Wendes) vif, robuste, laborieux, appliqué aux travaux de l'agriculture et de la pêche. Son assiduité à l'église, les souhaits et les expressions pieuses qu'il emploie souvent, sa droiture et la pureté de ses mœurs, témoignent de la force de ses sentiments religieux. On s'accorde à reconnaître sa frugalité, sa propreté, sa fidélité conjugale, et une foule d'autres excellentes qualités. Les Wendes sont pacifiques, et, comme beaucoup d'autres peuples slaves, ils n'ont pas d'esprit militaire; cependant ils sont pleins d'audace pour défendre leurs foyers, et leurs recrues bien disciplinées ont mérité, en maintes occasions, le renom de vaillants soldats. Malgré la plus dure oppression, malgré l'esclavage de la glèbe, les Wendes ont conservé la bonne humeur, la gaîté qu'ils possèdent comme tous les autres peuples slaves, et cet esprit modéré et joyeux qui se retrouve dans leurs chants nationaux, si gais. Des chansons allègres font retentir les maisons ou les champs, lorsqu'ils travaillent ou se réunissent en un cercle joyeux. Ils sont, à la lettre, fous de danse. On voit souvent aujourd'hui les femmes qui traient les vaches, faire assaut de chants par gageure, et les bergers jouer sur des trompes ou des cornemuses leurs airs nationaux. Ces airs sont généralement des airs d'amour, quelquefois ce sont des plaintes sur la perte ou l'infidélité de l'objet aimé. Quelques-uns ont un caractère élégiaque, et sont remplis de pensées enthousiastes et étincelantes d'imagination sur la beauté de la nature, l'instabilité des choses d'ici-bas, la destinée humaine, avec une forte tendance au merveilleux.» (Blicke in die Vaterlandische Vorzeit von Karl Preusker. Leipsig, 1843, vol. II, p. 179.)

La faible population qui a sauvé jusqu'ici sa nationalité slave et n'est pas encore germanisée, bien qu'elle vive au milieu de la race teutonique, se réduit à environ 144,000 âmes, dont 60,000 subsistent sous la domination saxonne; le reste appartient à la Prusse; 10,000 environ appartiennent à l'Église catholique romaine; les autres suivent le luthérianisme. Malgré ce nombre si restreint, ils ont une littérature nationale, outre la Bible et autres ouvrages de piété. Elle consiste en collections de chants nationaux, de traditions, de récits, et aussi en quelques productions modernes. Ils ont une société littéraire pour le maintien de leur langue et de leur littérature nationale. Cette société est surtout composée de membres du clergé catholique et protestant.

[11]: Herder, cité plus haut.

[12]: Ainsi, par exemple, Meinhard, évêque d'Halberstadt, décrétait, en 1248, que les habitants slaves de quelques places dépendantes du couvent de Bistorf, seraient chassés et remplacés par des Allemands bons catholiques, au cas qu'ils refusassent d'abandonner ce qu'il appelle leurs coutumes païennes. L'évêque de Breslau ordonnait, en 1495, que tous les paysans polonais d'une place appelée Woitz, apprissent en deux ans l'allemand, sous peine d'expulsion.

[13]: Gebhardi Geschichte der Wenden, p. 260. Cet auteur n'est nullement favorable aux Slaves, et son ouvrage est fait sur les témoignages d'un autre écrivain allemand, contemporain de ces événements.—Helmold, Chronicon Slavorum.

[14]: Les Slaves, forcés de se conformer extérieurement aux rites du christianisme, depuis environ soixante ans, se soulevèrent avec succès contre leurs oppresseurs en 1066 année de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Ils détruisirent toutes les églises, tous les couvents, sacrifièrent à leurs dieux, dans la ville de Lubeck, l'évêque de Mecklembourg, et chassèrent de leur pays les Allemands et les Danois. Krouko, prince de l'île de Rugen, qu'ils appelèrent au trône, conquit le Holstein, et le conserva à la paix qu'il fit accepter aux Danois et aux Allemands. Les Slaves rétablirent le culte idolâtre de leurs pères, et jouirent d'une paix complète pendant quarante années. Mais Krouko fut tué au commencement du XIIe siècle. Les agressions des Allemands et des Danois recommencèrent, et les Slaves soutinrent cette lutte inégale jusqu'en 1168. Cette année-là, leur roi Pribislav reçut le baptême et fut créé prince de l'Empire germanique; ses descendants continuent, dans la maison princière de Mecklembourg, la seule dynastie slave encore subsistante. L'île de Rugen, le dernier rempart de l'indépendance et de l'idolâtrie slaves, fut conquise et convertie l'année suivante, 1169, par Waldemar Ier, roi de Danemark. Les descendants du roi national de l'île se sont perpétués jusqu'à nos jours, et sont représentés par le prince de Putbus. La langue slave alla en s'éteignant dans les contrées qui entourent Leipsig jusqu'à la fin du XIVe siècle, et le dernier homme qui la parla en Poméranie, mourut, dit-on, en 1404. Le service divin dans la même langue se continua à Wustrow dans le duché de Lunebourg, royaume du Hanovre, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Les habitants du district de Luchow, situé dans le même duché et qui s'appelle communément Wendland ou terre des Wendes ou Slaves, parlent encore aujourd'hui un dialecte particulier d'allemand, mélangé de mots slavons. Les seuls Slaves de l'Allemagne qui ont conservé leur nationalité, sont les Wendes de Lusace, dont nous avons déjà parlé.

[15]: De Bello Gothico.

[16]: Nestor, moine de Kioff, le plus ancien historien des Slaves, vivait dans la seconde moitié du XIe siècle.

[17]: Lad signifie, dans les langues slaves, ordre, tact, et sert de racine à plusieurs mots.

[18]: Il faut remarquer que, dans beaucoup de contrées, le soir de la Saint-Jean, on allume des feux de joie, qui probablement ont rapport au solstice d'été.