[38]: Une vive peinture de l'oppression exercée par les Allemands sur la nation slave, se trouve dans le discours adressé à Lubeck, par un chef slave, à l'évêque d'Oldenbourg. Helmold, qui était présent, le rapporte ainsi: «L'évêque invitait les Slaves à se rendre à Oldenbourg, à abandonner leurs idoles pour recevoir le baptême, et renoncer surtout au pillage et à l'assassinat. Pribislav lui répondit:—«Vénérable prélat, vos paroles sont les paroles de Dieu, elles sont utiles à notre salut; mais pouvons-nous suivre la voie que vous nous tracez, au milieu des maux qui nous environnent? Si vous voulez les connaître, écoutez patiemment mes plaintes. Le peuple que vous voyez est votre peuple, et nous vous découvrirons nos besoins, car c'est à notre évêque de nous prendre en pitié. Nos maîtres nous oppriment avec tant de rigueur, nous imposent tant de tributs et un esclavage si dur, que la mort nous est plus désirable que la vie.
»Cette année même, nous autres, habitants de ce petit coin de terre, nous avons payé au duc, mille marcs, cent au comte, et cela ne suffit pas encore, et chaque jour nous sommes pressurés jusqu'à l'épuisement de nos ressources. Comment pourrions-nous pratiquer une nouvelle religion? Comment fonder des églises et recevoir le baptême, lorsque nous pouvons être forcés chaque jour à prendre la fuite; s'il y avait là au moins un lieu de refuge pour nous! Traversons-nous la Travène, (Trawe, dans le Holstein), mêmes calamités nous attendent; nous retirons-nous à la rivière Panis (Peine en Poméranie), partout les mêmes maux. Quelle ressource nous reste, sinon de quitter la terre, de nous embarquer sur mer, et de vivre à la discrétion des vagues? Est-ce notre faute si, chassés de notre pays, nous troublons la paix des mers; si nous prélevons nos moyens d'existence sur les Danois et sur les marchands qui passent? Nos maîtres ne sont-ils pas responsables des injustices où ils nous réduisent?»
L'évêque lui représenta que cette persécution cesserait du jour où ils seraient chrétiens; Pribislav répondit: «Si vous désirez que nous embrassions votre religion, assurez-nous les mêmes droits dont jouissent les Saxons dans leurs fermes, et de nous-mêmes nous nous ferons chrétiens, nous bâtirons des églises et paierons les dîmes.» (Helmold, Chronicon Slavorum.)
Outre Helmold, un autre missionnaire allemand, Adam de Brême, a décrit la tyrannie exercée sur les Slaves par les Allemands, sous prétexte de religion (Voir son Histoire ecclésiastique, livre III, chap. XXV). J'ai eu l'occasion plus haut d'établir que cette persécution continua long-temps après la conversion des Slaves. On rencontre avec plaisir une exception à cette conduite cruelle, dans les missions du prélat allemand saint Othon, évêque de Bamberg. Il arriva en Poméranie en 1125, sans forces militaires et connaissant parfaitement la langue du pays. Ses prédications, jointes à son désintéressement et à son affabilité, convertirent ces peuples, jusque-là rebelles, à toute tentative d'une conversion forcée.
[39]: Stritter, vol. II, p. 6; le siége patriarcal de Constantinople fut occupé en 766 par un Slave (Stritter, vol. II, p. 80).
[40]: Les Slaves qui s'étaient établis graduellement dans la Mœsie, province grecque, furent conquis en 679, par les Bulgares. Cette nation, grossière et peu nombreuse, imposa son nom aux vaincus, mais adopta leur langue, leurs mœurs, et, au bout de deux siècles, se trouva complètement fondue avec les Slaves. La Bulgarie soutint des luttes sanglantes contre l'Empire grec et d'autres peuples voisins; mais, après une guerre malheureuse contre l'empereur Basile II, elle fut conquise par lui et devint province grecque en 1018. En 1186, elle recouvra son indépendance; mais, après beaucoup de vicissitudes, elle fut soumise par les Turcs en 1389, et continua, jusqu'à nos jours, de former une province de l'Empire ottoman.
[41]: Voici un fait curieux. Les Évangiles sur lesquels les rois de France, à leur couronnement, prêtaient serment dans la cathédrale de Reims, sont slaves, écrits en partie avec les caractères de Cyrille, en partie avec les caractères glagolites. Pierre le Grand, en visitant Reims, en 1719, découvrit le premier cette circonstance. Le savant slave si connu, Hanka, a publié, en 1846, à Prague, une histoire de ce manuscrit, illustrée de fac-simile, etc. Voici ce qu'il en dit: «Ce manuscrit fut offert par l'empereur Charles III, roi de Bohême, au couvent d'Emmaüs, comme un précieux monument écrit par saint Procope, abbé au couvent de Sazava. Il fut enlevé du couvent par les Hussites, qui le sauvèrent de la destruction, dans leur vénération respectueuse pour le rituel slave. On le trouve ensuite à Constantinople, sans qu'on sache comment il y fut porté. On croit qu'il y fut envoyé en présent par le roi hussite de Bohême, George Podiebrad, à l'époque où il négocia un rapprochement avec l'Église grecque. Ce livre était magnifiquement relié, et enrichi d'or, de pierres précieuses et de saintes reliques. Un siècle environ plus tard, en 1546, un peintre de Constantinople, nommé Paleokappas, qui trafiquait d'objets précieux, le porta au concile de Trente. Le cardinal de Lorraine l'y acheta et en fit présent à la cathédrale de Reims, dont il était archevêque. Il disparut durant la première révolution. Quelques années plus tard, un Russe très instruit, Alexandre Tourguéneff, le découvrit dans la bibliothèque publique de Reims, où il avait été déposé sous le consulat de Napoléon; mais il n'avait plus cette magnifique reliure qui l'avait fait placer parmi les ornements du sacre des rois.»
[42]: Shakspeare n'aurait pas commis une erreur géographique si grossière, en plaçant ses héros naufragés sur les côtes de la Bohême (Récits d'Hiver, acte III, scène III), s'il avait choisi cette période pour la date de sa pièce.
[43]: Voir Palacky, Geschichte Von Bohmen, vol. I, p. 339.
[44]: Lenfant rapporte, d'après l'autorité de Spondanus, que le pape Innocent IV accorda aux Bohémiens, vers la fin du XIIIe siècle, d'accomplir le service divin dans leur langue (Histoire des Hussites, vol. I, p. 3). Le jésuite bohémien Balbin, considère comme un privilége glorieux pour les Slaves, d'avoir eu la permission d'accomplir le culte divin dans leur langue.