[74]: «Et puis veci le prince, le duc de Lancastre, le comte de Cantebruge (Cambridge), le comte de Pembroke, messire Guichard d'Angle, et tous les autres et leurs gens qui entrèrent dedans, et pillards à pied, qui étoient tous appareillés de mal faire et de courir la ville et de occire hommes, femmes et enfants, et ainsi leur étoit-il commandé. Là eut grand' pitié; car hommes, femmes et enfants se jetoient à genoux devant le prince et crioient: mercy, gentil sire; mais il était si enflammé d'ardeur que point n'y entendoit, ni nul, ni nulle n'étoit ouïe, mais tous mis à l'épée quanque (tout ce que) on trouvoit et encontroit, ceux et celles qui point coupables n'en étoient. Ni je ne sçais comment ils n'avoient pitié des pauvres gens qui n'étoient mie taillés de faire nulle trahison; mais ceux le comparoient (payaient) et comparèrent plus que les grands maîtres qui l'avoient fait. Il n'est si dur cœur, que, s'il fût adonc en la cité de Limoges, et il lui souvint de Dieu, qui n'en pleurât tendrement du grand meschef qui y étoit; car plus de trois mille personnes, hommes, femmes et enfants y furent délivrés et décolés cette journée. Dieu en ait les âmes, car ils furent bien martyrs.» (Froissard, livre Ier, chap. DCXXXVI).

[75]: Quelques écrivains supposent que c'était un évêque de Vienne en Autriche, et qu'il y avait à cette époque un nombre considérable de Vaudois dans ce pays. Cependant ce fait n'est nullement prouvé. J'ai suivi l'opinion du rév. docteur Gilly, dont l'autorité est grande en pareil cas, et qui pense que cette Vienne est la Vienne du Dauphiné, dans le sud de la France.

[76]: Noble allemand, beau-frère de feu l'empereur Sigismond, et, d'abord, partisan des Hussites.

[77]: Ce changement d'opinion donna lieu au bon mot fait à cette époque: Pius damnavit quod Æneas amavit.

[78]: Henry a laissé de belles poésies écrites dans la langue nationale.

[79]: La construction de ces églises n'était point légale; suivant les prescriptions de la Charte royale, chacun pouvait construire des églises dans ses domaines, et les deux églises dont il est question avaient été élevées sur des territoires appartenant à l'archevêque de Prague et à l'abbé de Braunau.

[80]: Cette confédération, connue sous le nom d'Union évangélique, fut formée d'après les conseils de Henry IV de France, en 1594, à Heilbronn, confirmée en 1603 à Heidelberg, et renouvelée en 1608 à Aschhausen. Ses membres s'engageaient à fournir un contingent de troupes et à ne point tenir compte des différences de dogme qui existaient entre les Luthériens et les Calvinistes.

[81]: Il est fait ici allusion au fameux projet conçu par Henry IV et Sully en vue de restreindre l'autorité de la maison d'Autriche et de régler d'une manière stable les rapports des nations européennes, projet qui aurait pu, à l'avantage de tous les peuples, établir une paix perpétuelle. La paix eût été maintenue par un congrès permanent, composé de délégués de toutes les nations de l'Europe et armé de moyens suffisants pour se faire obéir. Il semble cependant (et ce fait est peu connu) que le même plan avait été conçu par Élizabeth; il est même probable que ce fut cette reine qui en suggéra la pensée à Henry IV. Voici comment s'exprime Sully: «Si la première idée de ce plan ne fut point inspirée à Henry par Élizabeth, il est au moins certain que cette grande reine y avait depuis long-temps songé, en vue de venger l'Europe sur l'Autriche, l'ennemi commun.» (Mémoires de Sully, livre XXX).

Pendant son voyage en Angleterre (1601), Sully eut sur ce point une conversation avec Élizabeth, et, en rendant compte de cet incident, il s'étonne de la conformité parfaite de vues qui existait entre les deux souverains. (Mémoires, livre XII). Sully était rempli d'admiration en écoutant l'exposé du plan d'Élizabeth, et, après avoir rappelé que trop souvent les rois se laissent aller à la conception de chimères irréalisables, il ajoute: «Mais ne former que de sages projets, les organiser avec prudence, en prévoir les inconvénients de telle sorte que le remède soit toujours à la portée du mal, c'est là une chose dont peu de princes sont capables. La plupart des articles, des conditions et des différents rouages de ce plan sont dus à la pensée de la reine, et ils prouvent que la pénétration, la sagesse et les autres qualités de l'esprit, étaient chez cette princesse égales à celles des plus grands rois.» (Ibid.).

Élizabeth désirait mettre son projet à exécution, et elle se plaignait vivement de ce que l'état de la France, épuisée par de terribles commotions, ne permît pas à Henry IV de seconder ses vues. De son côté, Henry IV considérait comme un grand malheur de ne pouvoir commencer la réalisation de ce projet du vivant d'Élizabeth. «La mort d'Élizabeth, dit Sully, fut une perte irréparable pour l'Europe, et, en particulier, pour Henry: celui-ci dut presque abandonner son projet, car il avait perdu un second lui-même