Je ne m'explique pas qu'un fait aussi important ne soit rapporté ni par Hume ni par Lingard. Celui-ci dit «qu'il était difficile de concilier la politique des disciples d'Élizabeth avec l'honnêteté et la bonne foi, mais que, comme résultat, elle fut très avantageuse à l'Angleterre.» (Vol. VIII, chap. VII). Le plan que je viens de rappeler, conçu par Élizabeth elle-même et non par ses ministres, était très assurément conforme à l'honnêteté et à la bonne foi. Cette omission me paraît d'autant plus extraordinaire, que Hume et Lingard n'ont pu ignorer un fait relaté dans un livre aussi connu que les Mémoires de Sully.

Je n'hésite pas à dire que Élizabeth, Henry IV et Sully marchaient fort en avant, non-seulement de leur époque, mais encore de l'époque actuelle. Si ces deux souverains avaient vécu plus long-temps, l'Angleterre et la France auraient accompli ce grand œuvre de la paix permanente, qui fait aujourd'hui dépenser tant de phrases vides. Le projet d'Henry et d'Élizabeth n'était pas une utopie: ses auteurs n'étaient assurément pas des visionnaires; l'histoire de leur règne suffit pour démontrer qu'ils possédaient au plus haut degré la science du gouvernement; les évènements, d'ailleurs, se sont chargés de prouver que leur plan était praticable. Parmi les nombreux articles de ce vaste plan, se trouvait la restauration d'une Hongrie indépendante, fortifiée par l'adjonction de quelques provinces voisines et destinée à servir de boulevard contre les infidèles. On avait les mêmes vues pour la Pologne. La Bohême devait être indépendante et augmentée de plusieurs provinces peuplées de Slaves, tandis que les princes de la maison d'Autriche, privés de leurs couronnes de Hongrie et de Bohême et de leurs États allemands, devaient entrer en possession de territoires démembrés des colonies espagnoles de l'Amérique. Eh bien! est-il besoin de dire que la destruction de l'indépendance de la Pologne est généralement considérée aujourd'hui non-seulement comme un crime politique, mais aussi comme un grand malheur politique;—que les évènements, récemment survenus en Hongrie, ont ébranlé jusque dans ses fondements l'édifice de la puissance autrichienne, devenue impuissante à arrêter la marche des Russes vers Constantinople;—enfin, que l'affranchissement des colonies espagnoles, qui n'étaient point préparées à se gouverner elles-mêmes, a jeté ces pays lointains dans de continuelles agitations? Tous ces résultats n'eussent-ils pas été prévenus, si l'indépendance de la Hongrie et de la Pologne s'était trouvée garantie, et si les colonies espagnoles, rendues libres avec une forme monarchique appropriée à leurs mœurs et à leurs habitudes, avaient été gouvernées par des princes de la maison austro-espagnole? Ces colonies se seraient développées sous un tel régime, à leur profit et au profit du monde entier; car le plan de Henry IV comprenait la liberté universelle des échanges aussi bien que l'égalité complète de liberté religieuse pour les Catholiques et pour les Protestants. De plus, le czar de Russie, dont la reine Élizabeth avait su mesurer la puissance, aurait été invité à entrer dans la confédération européenne, et s'il avait refusé, il eût été relégué aux confins de l'Asie. Il est inutile d'ajouter à cette prévision le moindre commentaire.

[82]: Cette branche est aujourd'hui représentée par les maisons souveraines de Saxe-Altenbourg, Saxe-Cobourg, Saxe-Meiningen et Saxe-Weimar.

[83]: De nombreuses ordonnances déclarèrent que la langue bohémienne jouissait des mêmes droits que la langue allemande; mais, en fait, elle disparut complètement, et ne fut plus employée que dans les rapports des autorités locales avec les classes ignorantes qui ne comprenaient que l'idiome national.

[84]: Panslavism and Germanism, p. 193.

[85]: Mieczislav reconnut la souveraineté de l'empereur pour les territoires situés au-delà du Varta, et siégea régulièrement dans les diètes. Ce lien féodal fut brisé sous le règne suivant.

[86]: Je rapporte ce fait d'après le témoignage d'un écrivain allemand, Ropel, Geschichte Polens, vol. I, page 572.

[87]: Le souvenir de ces faits se retrouve dans un proverbe populaire. Pour désigner une chose inintelligible, on dit: C'est un sermon allemand.

[88]: André Bninski, évêque de Posen, réunit 900 hommes armés, assiégea la ville de Zbonszyn et força les habitants à lui livrer cinq prédicateurs hussites qu'il fit brûler publiquement. Ce fait se passa en 1439, alors que le pays était déchiré par des dissensions intérieures pendant la minorité du roi.

[89]: La plus ancienne poésie polonaise que l'on ait conservée, après l'hymne à la Vierge[89-A], est une poésie en l'honneur du réformateur anglais. Ce poème a été composé vers le milieu du XVe siècle, par André Galka Dobrzynski, maître ès-arts de l'Université de Cracovie. En voici la traduction aussi littérale que possible: