[99]: La constitution polonaise, de même que celle de Hongrie, était délégative et non représentative; les électeurs décidaient les questions qui devaient être portées à la Diète, et ils dictaient, à l'avance, les votes de leurs députés.

[100]: Leszczynski avait pour devise: Malo periculosam libertatem quàm tutum servitium. Il descendait de Stanislas Leszczynski, défenseur de Jean Huss au concile de Constance, et était aïeul du roi Stanislas, depuis duc de Lorraine, et dont la fille, Maria Leszczynski, épousa Louis XV, roi de France.

[101]: Voyez Bayle, article Orichovius.

[102]: Afin de donner une idée de la violence de son style, je citerai quelques passages des lettres qu'il adressa au pape Jules III: «Ô Saint-Père, je vous en conjure, pour l'amour de Dieu et de notre seigneur Jésus-Christ et des saints anges, lisez ce que je vous écris et rendez-moi réponse! Ne rusez pas avec moi: je ne vous donnerai pas d'argent, je ne veux avoir avec vous aucune affaire....» Ailleurs, Orzechowski s'adresse ainsi au même pontife: «Sachez, Jules, sachez bien à quel homme vous avez affaire,—non pas à un Italien, pas même à un Russe,—non pas à l'un de vos pauvres sujets, mais au citoyen d'un royaume où le monarque lui-même est tenu d'obéir à la loi. Vous pouvez, si cela vous plaît, me condamner à mort; mais ce ne sera pas tout. Le roi n'exécutera pas votre sentence. La cause sera soumise à la Diète. Vos Romains courbent leurs genoux devant vos domestiques: ils fléchissent le cou sous le joug honteux de vos scribes. Il n'en est pas ainsi parmi nous. Le roi, notre seigneur, ne peut pas faire tout ce qui lui plaît; il doit faire ce que la loi prescrit. Il ne dira pas, le jour où vous lui adresserez un signe de votre doigt, ou lorsque vous ferez briller à ses yeux votre anneau: «Stanislas Orzechowski, le pape Jules désire que vous alliez en exil: partez donc!» Non, je vous assure que le roi ne vous obéira pas. Nos lois ne lui permettent pas d'exiler ou d'emprisonner quiconque n'a pas été condamné par le tribunal compétent.» Tout ce que dit Orzechowski touchant l'autorité royale et la liberté des citoyens en Pologne était parfaitement exact, et je ne sache pas qu'aucun autre pays pût jouir à cette époque d'un égal degré de liberté.

[103]: «Le serment, dit Orzechowski en s'adressant au roi, détruit la liberté des évêques, qui ne sont plus que des espions pour la nation et pour le souverain. Le haut clergé, qui s'est volontairement soumis à cet esclavage, a conspiré, par le fait, et s'est constitué en état de révolte contre le pays. Ces conspirateurs ont siégé dans vos conseils, ils ont épié vos projets et les ont fait connaître à leur maître étranger. Si vous vouliez, dans l'intérêt public, arrêter les usurpations du pape, ils vous excommunieraient et exciteraient des émeutes sanglantes. Le pape a lâché les moines, qui se sont abattus sur votre royaume comme une nuée de sauterelles. Voyez-les, conjurés contre vous! comme ils sont nombreux et cruels! Contemplez abbayes, couvents, chapitres, synodes! autant de têtes tonsurées, autant de têtes qui conspirent contre vous!»

[104]: «Ces abominables sauterelles d'Ariens, de Macédoniens, d'Eutychéens et de Nestoriens se sont abattues dans vos champs. Elles croissent en nombre et se répandent dans toute la Pologne et en Lithuanie, grâce à la négligence des magistrats. Une bande insolente allume l'incendie, détruit les églises, méconnaît les lois, corrompt les mœurs, méprise l'autorité et ravale le gouvernement. Elle renversera le trône. Il importe bien plus de vaincre les fureurs de l'hérésie que l'ennemi moscovite!»

[105]: Orzechowski dit: «Le roi n'est établi que pour protéger le clergé. Le souverain-pontife a seul le droit de faire les rois, et, dès lors, il a pleine autorité sur eux. La main d'un prêtre est la main de Jésus-Christ.... L'autorité de saint Pierre ne peut être subordonnée à aucune autre; elle est supérieure à tout: elle ne paye ni tributs ni taxes. La mission du prêtre est supérieure à celle du roi. Le roi est le sujet du clergé; le roi n'est rien sans le prêtre. Le pape a le droit d'enlever au roi sa couronne. Le prêtre sert l'autel, mais le roi sert le prêtre et n'est que son ministre armé, etc., etc.» Orzechowski représentait l'État sous la forme d'un triangle, avec le clergé au sommet; le roi, ainsi que les nobles, remplissaient le corps de ce triangle; le reste de la nation n'était rien. Il recommandait aux nobles de gouverner le peuple paternellement.

[106]: Après la mort de Louis le Jagellon, roi de Hongrie, qui périt à la bataille de Mohacz contre les Turcs, en 1525, et ne laissait point de postérité, un parti puissant éleva au trône Jean Zapolya, woïvode de Transylvanie. Celui-ci ne put se maintenir en présence de Ferdinand d'Autriche, qui avait été élu par le parti opposé, et qui, ayant épousé une sœur du dernier roi, lui succéda en Bohême, avec l'aide de son frère Charles-Quint. Zapolya se retira en Pologne, où Jaroslav Laski lui proposa de le replacer sur le trône de Hongrie en s'appuyant du secours des Turcs. Zapolya donna à Laski ses pleins pouvoirs, et lui promit, en récompense de ses services, la principauté de Transylvanie. Laski se rendit donc à Constantinople: il n'avait rien à offrir, et il avait tout à demander. Cependant, ses négociations furent si heureuses, que, le 20 février 1528, deux mois seulement après son arrivée, il signa un traité d'alliance contre l'Autriche avec le sultan Soliman, qui s'engageait à rendre à Zapolya la couronne de Hongrie, sans autre condition que celle d'être reconnu comme le protecteur ou le frère aîné du nouveau roi. Le succès de l'ambassade de Laski fut dû en grande parti à l'influence slave. Le vizir et les principaux dignitaires de la Turquie étaient des Slaves de Bosnie, qui avaient embrassé l'islamisme et étaient devenus les plus fidèles sujets de la Porte, tout en conservant leur langue et un vif attachement pour la nationalité slave. On parlait à la cour du sultan le slave autant que le turc, et Laski put s'entretenir librement avec le vizir et les ministres, qui le traitaient comme un compatriote. Laski a laissé un journal de son voyage, et il cite les paroles remarquables qui lui furent adressées par Mustapha-Pacha: «Nous sommes du même peuple; vous êtes Lekh[106-A], et je suis Bosnien. Il est naturel que chacun préfère son pays à tout autre.» Ces paroles, dites par un Slave musulman, investi d'une haute fonction de l'Empire turc, à un Polonais chrétien, prouvent la force des affinités slaves et indiquent le parti que l'on pourrait tirer de ces dispositions nationales.—Conformément au traité, une armée turque rétablit Zapolya sur le trône de Hongrie, et vint mettre le siége devant Vienne, qui fut sur le point d'être prise. Cependant Zapolya oublia ce qu'il devait à Laski, ou plutôt il ne put supporter l'idée d'être à ce point son obligé. Au lieu de recevoir la principauté de Transylvanie, Laski fut accusé de conspiration et emprisonné. L'influence de ses amis le fit remettre en liberté: son innocence fut proclamée par lettres-patentes, et il reçut en dédommagement des sommes qu'il avait dépensées au service de Zapolya, les villes de Kesmark et de Debreczyn. L'âme fière de Laski ne pouvait être apaisée par cet acte de justice péniblement arraché à l'ingratitude d'un roi qui lui devait sa couronne. Il quitta le service de Zapolya et résolut de défaire son propre ouvrage en détrônant ce prince. Il se rendit, en conséquence, auprès de Ferdinand d'Autriche, qui accueillit à bras ouvert un allié aussi précieux. En 1540, lorsque Ferdinand réunissait une armée pour reconquérir la Hongrie, Laski fut envoyé à Constantinople pour empêcher Soliman de secourir Zapolya. Son arrivée à la cour ottomane, dans un rôle diamétralement opposé à celui qu'il avait rempli douze années auparavant, excita la colère et les soupçons du sultan, qui le fit emprisonner. Sa vie fut même quelque temps en péril; mais il réussit à calmer Soliman, et rentra tout-à-fait en grâce. Il tomba malade à Constantinople et se retira en Pologne; il mourut en 1542 des suites de cette maladie, à laquelle on a supposé que le poison n'était pas étranger. Son fils Albert, palatin de Sieradz, visita l'Angleterre en 1583, et fut reçu par la reine Élizabeth avec les marques de la plus haute distinction. On lui rendit à Oxford les honneurs réservés d'ordinaire aux souverains. (Voyez Wood's History and antiquities of Oxford, traduction anglaise, vol. 2, pag. 215-218.)

[106-A]: Nom donné anciennement aux Polonais par les Russes et adopté par les Turcs.

[107]: Érasme exprime dans ses lettres la plus vive admiration pour les talents et le caractère de Laski. Il dit que, malgré son grand âge, il tira grand profit de ses relations avec ce jeune savant. Laski n'avait alors que vingt-six ans, et il était déjà connu des personnages les plus éminents de son époque: ainsi, dans une lettre écrite à Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, à l'occasion de la bataille de Pavie, Érasme mentionne les lettres écrites par cette reine à Jean Laski, son hôte. Il est probable que Laski fut connu de la reine de Navarre par l'entremise de son frère Stanislas, qui était attaché à la cour de François Ier.