[127]: Les débats de ce complot ont été décrits par le secrétaire de Commendoni. (Voir Vie de Commendoni, par Gratiani, livre IV, c. III).

[128]: On appelait diète de convocation celle qui se réunissait après la mort du roi pour fixer l'époque et le lieu de l'élection, convoquer l'assemblée élective et adopter les mesures nécessaires pour maintenir la tranquillité dans le pays. Elle était toujours confédérée, c'est-à-dire que le sénat votait avec la chambre des députés et que les affaires étaient décidées à la majorité et non à l'unanimité des suffrages.

[129]: Ce prélat avait fort à cœur la Réforme de l'Église nationale, et il en entretint très activement le roi Sigismond-Auguste, dès 1555. C'était un homme aussi distingué par ses talents politiques que par ses idées éclairées en matière de religion. J'ai dit plus haut qu'il avait étudié à Wittemberg, sous Melanchton. Il compléta son instruction ecclésiastique à Rome, et, après son retour en Pologne, il fut nommé chanoine de Lowicz et archidiacre de Kalish. Il alla deux fois à Rome pour régler les affaires de l'Église polonaise, et il fut envoyé ensuite par Sigismond-Auguste, en qualité d'ambassadeur, auprès de l'empereur Maximilien II. À la cour de Vienne, il se lia intimement avec Étienne Batory, envoyé de Jean Zapolya, prince de Transylvanie; et lorsque Batory fut plus tard mis en prison par l'empereur, Krasinski fit les plus grands efforts pour obtenir sa liberté, et il y parvint.—Il contribua puissamment à opérer la fusion législative de la Lithuanie avec la Pologne, et il en fut récompensé par la dignité de vice-chancelier de Pologne, puis par sa nomination à l'évêché de Cracovie.

Cet évêché possédait un revenu très considérable, notamment la souveraineté du duché de Sévérie, auquel étaient attachées toutes les prérogatives royales (droit de battre monnaie, de conférer des titres de noblesse, etc.). Aussi les évêques de Cracovie laissaient-ils ordinairement de grandes richesses à leurs héritiers; mais Krasinski dépensa toute sa fortune dans l'intérêt de l'Église ou de l'État. Lorsque la Pologne, après le départ de Henri de Valois, fut envahie par les Turcs, il envoya à ses frais un corps de cavalerie pour grossir l'armée polonaise, et il reçut, à cette occasion, les remerciements de la diète.

Étienne Batory, élu roi de Pologne, aurait sans doute placé Krasinski à la tête de l'Église nationale; mais ce noble prélat mourut en 1579, à l'âge de cinquante-quatre ans. Le dernier acte de sa vie fut d'envoyer au roi, qui assiégeait alors Dantzick, un renfort de 50 cuirassiers et de 200 fantassins levés à ses frais. Il était déjà malade, et la nouvelle de sa mort arriva au camp en même temps que le corps de troupes dont il faisait don à son royal ami.

L'auteur de ce livre descend d'un frère de l'évêque Krasinski.

La famille des Krasinski s'enorgueillit de compter parmi ses membres un autre prélat illustre, Adam Krasinski, évêque de Kamiénietz, dont les efforts pour secouer le joug de l'invasion étrangère ont été retracés avec détail par l'écrivain français Rulhière (Histoire de l'Anarchie de la Pologne). Ce fut sur la proposition du même Adam Krasinski, que l'élection royale fut abolie et que l'hérédité du trône de Pologne fut proclamée par la célèbre constitution du 3 mai 1791.

[130]: Choisain, qui accompagnait Montluc et qui a écrit le récit de l'ambassade, dit que toutes les dames de Pologne, en parlant du massacre de la Saint-Barthélemy, versaient d'abondantes larmes, comme si elles avaient assisté à cette scène horrible.

[131]: «Il y avait déjà à Varsovie un grand nombre d'hommes d'armes et de nobles venus de toutes les parties du royaume avec leurs amis et leurs vassaux. La plaine où ils avaient établi leurs tentes et où devait se tenir la diète, présentait l'aspect d'un camp. On les voyait se promener avec de grands sabres au côté, et parfois marcher en troupes armées de piques, mousquets, arcs et flèches. Quelques-uns même avaient amené des canons et se retranchaient dans leur camp. On aurait pu croire qu'ils allaient à une bataille, et non à une diète; que tous ces préparatifs étaient destinés à la guerre et non à un conseil d'État; qu'il s'agissait plutôt de conquérir un royaume étranger que de disposer de la couronne nationale. Du moins, en présence de ce spectacle, il était permis de supposer que l'affaire serait plutôt décidée par la force des armes que par une discussion et par des votes.

»Mais ce qui me parut le plus extraordinaire, ce fut de voir que, au milieu de cette foule d'hommes armés, et à un moment où il n'y avait ni lois ni magistrats régulièrement établis, il ne se commit pas un meurtre, pas une épée ne sortit du fourreau. Ces grands débats, où il s'agissait de donner ou de refuser un royaume, se passèrent en paroles, tant la nation polonaise a horreur de verser son sang dans les guerres civiles!» (Voyez Vie de Commendoni, par Gratiani, liv. IV, chap. X).