[142]: Grotius s'exprime ainsi sur Sarbiewski: «Non solum equavit sed etiam superavit Horatium.» Non-seulement il égala, mais encore il surpassa Horace. Il y a assurément beaucoup d'exagération dans ce jugement.

[143]: Cette union fut accomplie par le mariage de Jagellon, grand-duc de Lithuanie, avec Hedwige, reine de Pologne.

[144]: Le professeur Bohlen de Kœnigsberg, a dit à l'auteur de ce livre que les paysans lithuaniens pouvaient comprendre des phrases entières de sanskrit.

[145]: Le Paganisme subsista cependant en Lithuanie long-temps après la conversion du roi, notamment dans la Samogitie, province voisine de la Baltique et située au sud de la Courlande; l'idolâtrie ne fut entièrement détruite dans cette province qu'en 1420. En 1390, Henry IV d'Angleterre, allié aux chevaliers allemands de la Prusse, prit part à une croisade contre la Lithuanie, que l'on considérait encore comme païenne, bien qu'elle eût reçu le baptême depuis quatre ans. Henry combattit sous les murs de Vilna contre les Lithuaniens et les Polonais, et il tua dans un combat singulier le prince Czartoryski, frère de Jagellon. Ce fait est rapporté dans les chroniques lithuaniennes et par Walsingham, qui dit que: «Henry tua le frère du roi de Pologne.»

[146]: «Nous désirons que vous considériez nos conseils et nos exhortations comme une preuve de l'intérêt que nous vous portons ainsi qu'à l'Église catholique. Sans méconnaître que notre principal devoir est de soutenir la cause de l'Église universelle, nous devons ajouter que notre patriotisme (erga publicum bonum zelus) nous inspire d'autant plus d'affection pour votre personne que vous vous montrez mieux disposé à l'égard de la sainte Église. Les Catholiques se réjouiront en voyant l'Union s'accomplir sous la direction sage et habile d'un chef tel que vous, et en même temps ce sera pour vous un grand honneur de siéger, comme primat de l'Église orientale, à côté du primat du royaume (l'archevêque de Gniezno). Cependant, il ne pourra en être ainsi tant que vous dépendrez d'un patriarche sujet des infidèles, tant que vous entretiendrez le moindre rapport avec lui: car le respect ainsi que la raison d'État (ratio status) ne permettra ni aux rois ni aux États du royaume de vous accorder ce privilége. Comment les provinces polonaises, qui suivent les rites de l'Église d'Orient, seraient-elles moins favorisées que la Russie qui a son patriarche particulier? Vous avez déjà rompu avec succès la première glace, en acceptant votre dignité; vous n'avez point réclamé la bénédiction du patriarche de Constantinople; vous pouvez agir, à l'avenir, selon les mêmes principes. Que les obstacles ne vous effraient pas (non terreant); la plupart sont déjà surmontés; quant aux autres, la persévérance et l'habileté en auront bientôt raison. Déjà l'élection des évêques et des métropolitains a été enlevée aux nobles qui épiaient nos tentatives et qui les eussent surveillées encore de plus près: peut-être même chercheront-ils à vous créer des embarras pour l'accomplissement de nos desseins. Certes, c'est par la grâce de la Divine Providence que vous avez été élu sans leur concours et que vous vous êtes maintenu malgré leur hostilité. Vous avez en Pologne et en Lithuanie des alliés particuliers (privatim clientelas) et un parti puissant qui vous soutient: l'Église entière vous viendrait en aide aux jours de danger. Qui pourrait vous détrôner (thronum reposcet), si, à l'exemple des prélats d'Occident, vous choisissez un coadjuteur destiné à vous succéder, prêt à marcher sur vos traces et investi à l'avance de la protection royale? Du reste, ne vous inquiétez ni du clergé ni de la populace. Quant au clergé, voici comment vous le maintiendrez dans le devoir:—Nommez aux emplois vacants, non point des hommes considérables qui seraient indisciplinés, mais des hommes simples, pauvres et complètement soumis. Renversez et privez de leurs bénéfices, sous un prétexte ou sous un autre, tous ceux qui vous seraient hostiles, et donnez leur place et leurs revenus à des hommes de confiance. Exigez de chacun d'eux le paiement exact de la somme qu'ils doivent à votre dignité; ayez soin que la richesse ne les rende trop indépendants: changez-les de résidence, s'il en est besoin; confiez-leur des missions honorifiques qu'ils auront à remplir à leurs frais. Ayez toujours auprès de vous plusieurs protopapas (degré supérieur à celui des prêtres de paroisse) et enseignez-leur vos principes. Taxez les prêtres de paroisse dans l'intérêt de l'Église et ayez soin qu'ils ne se réunissent jamais en synodes sans votre autorisation. Pour les laïques, continuez à agir, comme par le passé, très prudemment (prudentissime), afin qu'ils ne puissent pas découvrir votre plan. En cas de dissentiment, ne les attaquez pas d'une manière trop ouverte; si la bonne harmonie se maintient, usez de tous vos moyens pour séduire leurs chefs en leur rendant quelques services, ou par des cadeaux. Les cérémonies de Rome ne doivent être introduites que par degrés dans votre Église. Il ne faut pas négliger les occasions de disputes et de controverses avec l'Église d'Occident, afin de dissimuler vos desseins et de détourner l'attention des nobles aussi bien que du bas peuple. On peut ouvrir des écoles séparées pour leurs enfants pourvu que ceux-ci puissent fréquenter les Églises catholiques et compléter leur éducation dans nos établissements. Le mot Union ne doit jamais être prononcé, il faut employer un autre terme; ceux qui conduisent les éléphants évitent de porter des vêtements rouges. En ce qui touche particulièrement les nobles, faites-leur un cas de conscience de n'avoir aucun rapport avec les hérétiques, et de seconder toujours et partout les Catholiques romains pour extirper l'hérésie. Dans notre pensée, ce conseil est de la plus haute importance; car, tant que les hérétiques ne seront pas exterminés, il n'y aura jamais concorde et union entre les Églises Grecque et Catholique. Comment les sectateurs de l'Église d'Orient pourraient-ils se soumettre à l'autorité du Saint-Père, tant qu'il y aura en Pologne des hommes qui, après avoir appartenu à l'Église d'Occident, ont renié la suprématie de Rome? Enfin, fiez-vous à Dieu, puis au roi qui dispose des bénéfices spirituels (beneficiorum spiritualium), aux propriétaires qui, jouissant du droit de patronage (jus patrionatus), n'en useront qu'au profit des Unionistes. Comptez sur le succès. Quant à nous, nous vous aiderons non-seulement de nos prières, mais encore de nos travaux pour défricher la vigne du Seigneur.» (Extrait d'une lettre adressée par le collége des Jésuites de Vilna à l'archevêque Rahoza.) Lukaszewicz, vol. I, p. 70.

[147]: Voici comment s'exprime Sapiéha dans sa lettre datée de Varsovie, 12 avril 1622:—«Par l'abus de votre autorité, par vos actes contraires aux lois du pays et aux préceptes de la charité, vous avez répandu partout de dangereuses étincelles qui peuvent allumer l'incendie. L'obéissance aux lois est plus nécessaire que l'union avec Rome. Vos manœuvres imprudentes portent atteinte à la dignité du roi. Sans doute, il est désirable qu'il n'y ait qu'un seul troupeau et un seul pasteur; mais il faut tendre à ce but avec réflexion et ne point user de violence. C'est par la charité, non pas par la force, que l'Union peut être accomplie; aussi n'est-il pas surprenant que votre autorité rencontre une si vive opposition. Vous m'informez que votre vie est en danger: je crois que c'est par votre faute. Vous me dites que vous êtes prêt à imiter les anciens évêques dans leurs souffrances: cette imitation est louable, et vous devriez prendre pour modèle la piété, la sagesse et la douceur des nobles pasteurs. Lisez leurs vies et vous n'y trouverez pas le récit de poursuites devant les tribunaux d'Antioche ou de Constantinople; tandis que toutes les cours de justice ne sont occupées que de procès intentés par vous.—Vous dites que vous devez vous défendre contre la sédition. Le Christ a été persécuté, et, loin de chercher à se défendre, il priait pour ses persécuteurs; ainsi deviez-vous agir, au lieu de répandre des écrits injurieux ou de proférer des menaces inconnues des apôtres. Vous vous attribuez le droit de dépouiller les schismatiques et de leur couper la tête; les Écritures enseignent le contraire. Cette Union a produit de grands maux. Vous violentez les consciences, vous fermez les églises, en sorte que les Chrétiens meurent comme les infidèles, sans prières et sans sacrements. Vous abusez, sans autorisation, des prérogatives du souverain. Quand vos actes provoquent des troubles, vous nous écrivez qu'il faut proscrire les adversaires de l'Union. Dieu veuille que notre pays ne soit point déshonoré par cette politique impitoyable! Qui donc avez-vous converti par vos rigueurs? Vous avez mécontenté les Cosaques, fidèles jusqu'à ce jour; vous avez changé les brebis en boucs; vous avez mis le pays en péril; peut-être même avez-vous détruit le Catholicisme. L'Union n'a produit que discordes et querelles. Il eût mieux valu qu'il n'en fût pas question. Maintenant, je vous informe que, par l'ordre du roi, les églises doivent être ouvertes et rendues aux Grecs pour que ceux-ci puissent y accomplir le service divin. Nous n'empêchons pas les Juifs et les Musulmans d'avoir leurs temples, et cependant vous fermez les églises chrétiennes? Je reçois de toutes parts des menaces de rupture. L'Union nous a déjà enlevé Starodoub, Sévérie et d'autres villes. Il ne faut pas qu'elle entraîne notre ruine complète.»—Cette condamnation de la conduite de l'évêque est d'autant plus remarquable, que Sapiéha, né et élevé dans la foi protestante, s'était plus tard converti au Catholicisme. Léon Sapiéha a servi très utilement son pays comme chancelier et commandant en chef des troupes en Lithuanie. Le code des lois, composé sous sa direction, était très populaire, et lorsqu'il fut aboli par l'empereur actuel dans les provinces polonaises de la Russie, les gouvernements de Tchernigoff et de Poultava (démembrés de la Pologne au XVIIe siècle), obtinrent, à titre de grâce spéciale, la faculté de le conserver.

[148]: Heydensteyn dit que cette émeute fut causée par des Écossais, qui avaient alors une Congrégation considérable à Cracovie. Ayant commencé, selon lui, à soutenir une thèse publique sur la religion, ils se prirent de querelle avec leurs adversaires, et, emportés au plus haut degré par le perfervidum scotorum ingenium, ils tuèrent quelques-uns de ces derniers. Le contemporain Thuanus fait voir distinctement la main des Jésuites dans cet évènement. Le jésuite Skarga, qui a publié un pamphlet à cette occasion, accuse les Protestants d'avoir pris l'offensive, et soutient en même temps que ce qui existait illégalement pouvait être détruit sans injustice; et telle était la position, à ses yeux, de l'Église protestante de Cracovie, puisque les évêques, à qui revient, de droit divin, toute appréciation locale en matière de foi religieuse, n'avaient pas autorisé l'érection de ce monument. En conséquence de cette doctrine, tout établissement religieux, fondé sans l'approbation du clergé catholique, n'a pas d'existence légale.

[149]: Afin de prévenir de si graves abus, Krolik, bourgeois de Cracovie, fit construire, à quelques pas de l'église de Wielkanoç, village peu éloigné de cette ville, une maison où les Protestants malades pussent se réfugier pour mourir en paix et à l'abri de la tyrannie catholique.

[150]: Une traduction polonaise de l'apostille de Scultetus, ouvrage très populaire chez les Protestants d'Allemagne, est dû à Jean Potoçki, qui en fit à ses filles une dédicace, empreinte d'un sentiment de piété fervente et sincère.

[151]: Jean Zamoyski naquit en 1541. Il fut envoyé à Paris à l'âge de douze ans, et attaché à la cour du dauphin (François II, époux de Marie d'Écosse), qu'il laissa bientôt pour l'Université. Il poursuivit ensuite ses études à Strasbourg et à Padoue, où, conformément à un ancien usage de nommer, chaque année, un des étudiants recteur ou princeps juventutis literatæ, ses camarades lui décernèrent cette distinction. Il avait vingt-deux ans quand il publia un traité de Senatu Romano, Venise, 1563, ouvrage très estimé des classiques, et tiré à plusieurs éditions. Il fit paraître, peu de temps après, deux nouveaux opuscules: De constitutionibus et immunitatibus almæ universitatis Patavinæ, et De perfecto senatore syntagma. Le roi Sigismond-Auguste prit un vif intérêt à la personne de Zamoyski, et lui confia, à son retour en Pologne, la tâche importante, mais pénible, de classer les archives nationales; ce travail, accompli en trois laborieuses années, lui valut, à titre de rémunération, une riche starostie (sorte de dotation viagère en biens fonds). Cet important service, joint à la jeunesse, aux talents et au caractère de celui qui l'avait rendu, le recommanda avantageusement à l'attention de ses concitoyens; mais son influence devint immense, quand, à la mort de Sigismond-Auguste, il proposa, avec un succès d'enthousiasme, de soumettre l'élection du monarque, non à la décision d'une diète, mais aux votes directs des nobles ou électeurs. Cette mesure le rendit très populaire parmi la petite noblesse, mais elle constituait évidemment une erreur funeste de la part de Zamoyski, en ce qu'elle livrait le plus haut intérêt de l'État à une multitude, souvent animée des intentions les plus pures, mais facile à égarer sur les pas d'un meneur artificieux, quand une affaire de cette importance aurait exigé la mûre délibération des citoyens les plus recommandables par leurs lumières et par leur caractère. Zamoyski s'aperçut plus tard de la faute qu'il avait commise, et il essaya, en 1589, de revenir sur le mode d'élection du souverain, mais ses efforts furent paralysés par un parti contraire.