[166]: L'auteur contemporain Walch, zélé Protestant, est de la même opinion. (Voir son Neuere Kirchen Geschichte, vol. VII).

[167]: Ils se distinguent des paysans voisins par une meilleure éducation, chacun d'eux sachant lire et écrire, ainsi que par la supériorité de leurs mœurs et par leur aptitude au travail.

[168]: Les sentiments de ce souverain étaient sans doute aussi bienveillants que ses vues étaient libérales et éclairées; mais une influence occulte semble avoir jeté un voile sur cet esprit d'élite, dans les dernières années de son règne.

[169]: Nous avons dit que Kiéydany se faisait remarquer par une Congrégation écossaise très importante.

[170]: Coménius naquit, en 1592, à Komna, en Moravie, d'où il tire son nom. Après avoir étudié dans plusieurs Universités, il devint, en 1618, pasteur et maître d'école à Fulnek, ville de sa province. Il avait conçu de bonne heure une nouvelle méthode d'enseignement des langues; il publia quelques essais et prépara sur ce sujet quelques papiers qui furent détruits en 1621, avec sa bibliothèque, par les Espagnols, qui s'étaient rendus maîtres de la ville où il résidait. La proscription de tous les ministres protestants de Bohême et de Moravie, par l'édit de 1624, força Coménius, avec beaucoup d'autres, à chercher un asile en Pologne, où il fut nommé recteur de l'école de Leszno et chef de la petite Église des Frères Moraves. Il publia, en 1631, sa Janua linguarum reserata, c'est-à-dire la Porte des Langues, qui valut rapidement à son auteur une réputation prodigieuse; Bayle dit avec raison que ce livre seul eût suffi pour immortaliser Coménius, car il fut traduit et publié pendant sa vie non-seulement en douze langues européennes, en latin, en grec, en bohémien, en polonais, en allemand, en suédois, en hollandais, en anglais, en français, en espagnol, en italien et en hongrois, mais encore en plusieurs langues orientales, telles que l'arabe, le turc et le persan. On peut ajouter que cet ouvrage établit aussi la réputation de Leszno, où il parut pour la première fois, après avoir été composé pour son école. La réputation de Coménius engagea le gouvernement suédois à lui offrir la mission de réglementer les écoles de ce royaume; mais, préférant sa résidence à Leszno, il promit seulement d'aider de ses avis ceux que ce gouvernement emploierait à cette tâche. Il traduisit ensuite en latin une nouvelle méthode d'instruction pour la jeunesse, qu'il avait écrite en bohémien. Cette traduction parut à Londres en 1639, sous le titre de Pansophiæ prodromus. Une traduction anglaise en fut faite par J. Collier, qui lui donna pour titre les Avant-coureurs du savoir universel (Londres, 1651). Cet ouvrage augmenta sa réputation à un tel point, que le Parlement anglais l'invita, en 1641, à venir coopérer à la réforme de l'école de ce pays. Il arriva à Londres en 1641 mais la guerre civile qui éclata dans la Grande-Bretagne empêcha d'utiliser ses talents; il tourna ses pas vers la Suède, où sa présence était sollicitée par de hauts personnages. Après plusieurs conférences avec le chancelier Oxenstiern, il fut décidé qu'il s'établirait à Elbing, ville de la Prusse polonaise, et qu'il composerait dans cette résidence un ouvrage sur sa nouvelle méthode d'enseignement, à l'aide d'une rémunération considérable qui lui permît de consacrer son temps tout entier à la recherche des méthodes générales propres à faciliter l'éducation et l'instruction de la jeunesse. Après quatre ans consacrés à cette occupation, il revint en Suède et soumit son manuscrit à une commission chargée de l'examiner; il fut déclaré digne d'être imprimé quand il serait achevé, mais nous ignorons s'il a jamais été publié. Il passa encore deux ans à Elbing, et retourna ensuite à Leszno, en 1650. Il se rendit en Transylvanie, où le prince régnant, Étienne Ragodzi, l'avait invité à venir réformer les écoles publiques. Il fit un règlement pour le collége protestant de Saros-Patak, conformément aux principes de son Pansophiæ prodromus. Après une résidence de quatre ans en Transylvanie, il revint à Leszno et présida aux destinées de son école jusqu'à la destruction de cette ville. Il s'enfuit en Silésie, et, après avoir erré dans différentes parties de l'Allemagne, il s'établit définitivement à Amsterdam, où il mourut, en 1691, dans la prospérité.

Outre les ouvrages déjà mentionnés, Coménius a écrit Synopsis Physicæ ad Lumen divinum reformatæ, Amsterdam, 1641, publié en anglais en 1652; Porta sapientiæ reserata, seu nova et compendiosa methodus omnes artes ac scientias addiscendis, Oxoniæ, 1637, et plusieurs autres ouvrages. Son vaste savoir ne l'empêcha pas de sacrifier à la superstition de son époque. Il devint l'un des fermes croyants de toutes ces prophéties qui circulaient parmi les Protestants d'Allemagne, de Bohême et de Moravie, sur la venue immédiate du Millenium, la révolution, la chute de l'Antechrist, c'est-à-dire le Pape, et qui étaient le produit d'imaginations exaltées par la persécution. Il réunit et publia à Amsterdam, en 1657, dans un ouvrage intitulé Lux in tenebris, les visions du Morave Drabitius, le Silésien Kotterus, et Christine Poniatowski, dame polonaise qui prédit la ruine prochaine du Catholicisme et la destruction de l'Autriche par la Suède, Cromwell et Ragodzi. Ce livre lui fit un tort considérable aux yeux de beaucoup de ses contemporains.

[171]: Quelques mots sur la vie de cet homme remarquable, à qui le principal établissement protestant d'éducation en Pologne doit tant de sa prospérité, ne déplairont sans doute pas aux lecteurs de cet ouvrage. L'auteur saisit avec empressement l'occasion de payer un tribut de regrets à la mémoire de son ami, dont les sympathies ont adouci l'amertume des plus rudes épreuves de son exil, et que sa mort laissera toujours inconsolable.

Le prince Antoine Sulkowski, fils du prince Sulkowski, palatin de Kalisch, naquit à Leszno, en 1785. Après avoir achevé ses études à l'Université de Gottingue, il finissait de se former en voyageant, quand les succès de l'empereur des Français en Prusse éveillèrent dans le cœur des Polonais l'espoir de recouvrer leur indépendance. Sulkowski précipita son départ de Paris, où il se trouvait en ce moment, et rentra dans ses foyers vers la fin de 1806. Il fut nommé par Napoléon colonel du premier régiment polonais à lever. L'enthousiasme patriotique fut si grand, que Sulkowski, ayant accompli sa tâche avec une merveilleuse rapidité, emporta d'assaut la ville fortifiée de Dirschau, à la tête de son nouveau régiment, le 23 février de l'année d'ensuite (1807). Il prit une part active au reste de la campagne, qui se termina par la paix de Tilsitt, en vertu de laquelle une partie de la Pologne fut rétablie sous le nom de duché de Varsovie. En 1808, quand plusieurs détachements de la nouvelle armée polonaise furent dirigés sur l'Espagne, le régiment du prince Sulkowski fut compris dans l'ordre de départ, et, bien qu'il eût épousé depuis fort peu de temps Ève Kiçki, jeune femme d'une beauté accomplie, à laquelle il avait voué ses premières affections, et qu'il pût aisément se faire dispenser de ce service pénible, il crut de son devoir de se joindre à ses compagnons d'armes. Arrivé dans la Péninsule, il se distingua aux batailles d'Almonacid et d'Ocana, ainsi qu'à la défense de Tolède. Malaga fut pris par les Français, le prince Sulkowski fut nommé gouverneur de cette ville, et, malgré le sentiment de haine et de vengeance qui animait les Espagnols contre les armées envahissantes, il parvint, par sa conduite, à se concilier l'affection de ses habitants. Il fut promu au rang de major-général, et revint dans son pays en 1810, où il resta jusqu'à la mémorable campagne de 1812, pendant laquelle il commanda une brigade de cavalerie, prit part aux principales batailles et fut gravement blessé dans la retraite. Guéri de ses blessures et nommé au grade de lieutenant-général, il se joignit à l'armée polonaise sous le prince Poniatowski, et combattit, à la bataille de Leipsick, à la tête d'une division de cavalerie. C'est à la suite de cette bataille qu'il se vit assailli par les circonstances les plus difficiles, qui lui donnèrent occasion de déployer toutes les qualités honorables de l'âme la plus intègre. Peu de jours après la mort du prince Poniatowski, il fut nommé, par l'empereur Napoléon, commandant en chef des débris du corps polonais, qui, malgré ses grandes pertes, avait conservé tous ses étendards et son artillerie. Ce commandement fut donné à Sulkowski à la demande générale de ses compatriotes, malgré sa jeunesse (il avait alors vingt-neuf ans) et la présence de plusieurs généraux plus âgés. Les troupes polonaises, exaspérées par de longues souffrances et fatiguées de se battre pour une cause qui menaçait de les réduire à l'état de mercenaires, sans avancer celle de leur patrie, pressèrent leur chef de les reconduire dans leurs foyers, leur souverain légitime, le roi de Saxe, étant resté à Leipsick sur le désir de Napoléon lui-même. Sulkowski reporta leurs plaintes bruyantes à l'Empereur, qui promit de donner une réponse sous huit jours. Cela satisfit les troupes, et la marche vers le Rhin continua; mais quand le délai fixé fut écoulé sans que la décision attendue intervint, l'irritation des Polonais devint si violente et ils accusèrent si bruyamment le prince Sulkowski d'être prêt à les sacrifier aux vues de son ambition personnelle, que, pour les décider à accompagner l'Empereur jusqu'à la frontière de ses États, il dut leur promettre sur l'honneur de ne passer en aucun cas au-delà du Rhin. Cette promesse solennelle calma l'irritation des troupes, qui continuèrent leur marche. Quand elles furent parvenues à un endroit appelé Schluchtern, l'Empereur, passant devant leur front, appela Sulkowski et lui demanda s'il était vrai que les Polonais voulussent le quitter. «Oui, Sire, répondit le prince; ils supplient Votre Majesté de les autoriser à retourner dans leurs foyers, leur nombre étant désormais trop insignifiant pour être de quelque valeur à Votre Majesté.» L'Empereur résista, et, ayant assemblé les Polonais, il leur adressa l'une ces allocutions par lesquelles il savait si bien ranimer l'enthousiasme du soldat. Les troupes polonaises, exaltées par les paroles impériales, oublièrent toutes leur première résolution et promirent de suivre Napoléon jusqu'à la mort. On peut aisément se faire une idée de la position cruelle dans laquelle le prince Sulkowski se trouva placé par cette circonstance imprévue; il se voyait dans l'alternative pénible ou de manquer à la parole par laquelle il s'était engagé, envers ses compagnons d'armes, à prendre le Rhin pour limite extrême de leurs travaux guerriers, ou de sacrifier, si jeune, toutes ses espérances de gloire et d'ambition (car l'empereur Napoléon, malgré le revers de Leipsick, avait encore de grandes chances de ramener à lui la fortune), et, ce qui était plus important encore, en s'exposant aux divers commentaires qui ne manqueraient pas d'accueillir sa conduite dans cette malheureuse conjoncture. Il choisit cependant le dernier parti, pensant qu'il n'y avait pas de compromis possible avec une parole engagée d'une manière aussi explicite et aussi solennelle que la sienne l'avait été, bien que ses compatriotes, qui n'étaient pas liés de la même manière, eussent changé de résolution; il demanda, en conséquence, à l'Empereur, et obtint de sa bienveillance la permission de retourner vers son souverain légitime le roi de Saxe, dont la destinée était alors inconnue. Il quitta l'armée française, accompagné des officiers de son état-major qui partagèrent sa résolution. Ayant appris que son souverain était prisonnier à Berlin, il lui adressa de Leipsick une lettre pour lui demander une libération de service, tant pour lui-même que pour les officiers qui l'avaient accompagné, et bientôt après il obtint des souverains alliés la permission de rejoindre sa famille. Il convient d'ajouter que ses concitoyens rendirent hommage à la loyauté de sa conduite.—De nouvelles espérances furent conçues, en faveur de la Pologne, au congrès de Vienne, sous l'inspiration de l'empereur Alexandre. Le prince Sulkowski fut appelé à coopérer à la formation d'une armée polonaise, et il accepta avec joie une mission dans laquelle il pouvait encore servir utilement sa patrie. Bien que le congrès de Vienne n'ait pas réalisé l'espoir qui avait été nourri, de voir la Pologne rendue à l'indépendance, il érigea une petite portion de son territoire en royaume constitutionnel, soumis à l'empereur de Russie comme roi de Pologne. C'en était assez cependant pour stimuler les efforts des patriotes polonais et pour les engager à maintenir cette création imparfaite, d'autant mieux qu'on avait stipulé que des institutions nationales seraient accordées à ces parties de l'ancienne Pologne qui restaient annexées comme provinces à la Russie, à la Prusse et à l'Autriche, et que ces stipulations laissaient briller la perspective d'un complet rétablissement de ce pays. Le prince Sulkowski entra donc au service du nouveau royaume, et fut nommé aide-de-camp général de l'empereur Alexandre. Mais les caprices tyranniques du grand-duc Constantin conduisirent bientôt Sulkowski à demander sa mise en disponibilité, en déclarant franchement à l'empereur les raisons qui l'engageaient à agir ainsi. L'empereur insista auprès de Sulkowski pour qu'il revînt sur sa détermination, et lui dit que les circonstances dont il se plaignait n'étaient que temporaires. Sulkowski, que ses devoirs conduisirent plusieurs fois à Saint-Pétersbourg, et qui reçut de l'empereur Alexandre des témoignages de la plus grande bienveillance, insista de son côté pour quitter le service, et, après plusieurs refus, obtint de rentrer dans la vie privée en 1818. Il s'établit au château de Reisen, dans le voisinage de Leszno, et se dévoua tout entier à l'éducation de sa famille. Depuis la mort de sa vertueuse et charmante compagne, il ne se reposait plus que sur lui de ce soin. Le bien-être de ses tenanciers et de tous ceux qui respiraient dans sa dépendance devint aussi l'objet de sa constante sollicitude. Une nouvelle carrière s'ouvrit, en outre, pour son patriotisme, quand le grand-duché de Posen, où Leszno est situé, reçut une représentation provinciale, dont il fut créé membre héréditaire. Il présida aux États assemblés de sa province, et fut fait membre du conseil d'État de Prusse. Cela le mit dans une position difficile et délicate entre le monarque et les États provinciaux, dont les députés se plaignaient justement des envahissements continuels du gouvernement sur la nationalité de la province, qui avait son existence garantie par le traité de Vienne. En possession de la confiance des deux partis, il réussit, par la fermeté qu'il déploya dans la défense des priviléges nationaux, à gagner la confiance de ses concitoyens, tandis que le monarque rendit justice à sa modération dans l'accomplissement consciencieux de ses pénibles devoirs. Il se tint cependant à l'écart des affaires publiques autant qu'il le put, consacrant son temps aux occupations utiles que nous avons décrites dans cette note. Une mort prématurée vint couper court à cette carrière, si noblement remplie. Le 14 avril 1835 plongea dans une douleur profonde sa famille et tous ceux qui l'avaient connu, soit personnellement, soit de réputation. Mais nul ne sentit sa perte plus vivement que l'école de Leszno, qui lui devait tout. Professeurs et élèves accompagnèrent sa dépouille mortelle, et après un discours pathétique du recteur, déposèrent une couronne sur le cercueil de leur bienfaiteur, dont la mémoire vivra long-temps dans leurs cœurs reconnaissants.

Cette notice biographique fut insérée par l'auteur dans son Histoire de la Réforme en Pologne, (vol. 2, p. 334, etc.). Il saisit avec empressement l'occasion de la reproduire, car ses sentiments et ses opinions à cet égard sont restés les mêmes.

[172]: Les Varègues étaient des aventuriers scandinaves et anglo-saxons, qui servaient en qualité de gardes-du-corps à Constantinople. On a assigné plusieurs origines au nom de Russe; mais la plus vraisemblable est celle qui le fait dériver de Rhos, Rotses, ou Rouotses, nom donné aux Suédois par les Finois, qui jadis avaient plus de relations avec le Roslagen qu'avec toute autre contrée de la Suède. Les Slaves adoptèrent ce nom, en usage chez les Finois, qui vivaient entre eux et la Suède.