CHAPITRE X.
De la Conservation des plantes.

Nous nous bornerons à dire sur ce chapitre que la situation septentrionale de notre pays, l'irrégularité de la marche des saisons, l'humidité de nos printemps et de nos automnes rendraient impraticable la culture de certaines plantes exotiques, si nous n'avions recours à des moyens artificiels de conservation et de multiplication.

Ces moyens sont de plusieurs sortes: ils comprennent, en commençant par les plus simples, pour arriver aux plus composés: 1. les cloches; 2. les châssis; 3. l'orangerie ou serre froide; 4. la serre tempérée; 5. la serre chaude.

1. Cloches.—Les cloches de verre sont les plus simples de tous les abris; elles servent à garantir du froid, et de l'humidité les plantes délicates et les boutures, et à concentrer la chaleur sur celles qui ont besoin d'une température plus élevée que celle de l'atmosphère. Il faut choisir les cloches dont le verre est le plus blanc, car elles sont assez sujettes à se ternir au bout de quelques années. Il faut avoir la précaution de les laver de temps à autre; et, lorsqu'elles ne servent plus, on les met l'une dans l'autre, en ayant soin de les séparer avec un peu de paille pour éviter la casse.

Fig. 9.—Châssis.

2. Châssis.—Les châssis ont pour objet d'activer la germination de certaines graines, d'augmenter la chaleur des couches, de permettre la culture des plantes potagères qui ne réussissent pas à l'air libre, et de garantir contre les injures de l'air les plantes délicates. Ils se composent de deux parties: le coffre a, a (fig. [9]), et les panneaux c. Chaque coffre a ordinairement 4 mètres de longueur et 1m,33 de largeur; il est formé de quatre planches clouées sur quatre pieds placés intérieurement aux quatre coins. Le derrière du coffre doit toujours être plus élevé que le devant, afin que les panneaux soient inclinés au midi. On maintiendra l'écartement par deux barres b, b, assemblées à queue d'aronde par le haut et par le bas, et qui servent de support aux panneaux. Les panneaux vitrés doivent être en bois de chêne, d'une bonne épaisseur. Ils se composent d'un cadre de 1m,33 de largeur et d'une longueur arbitraire, divisé par trois petites barres de même épaisseur, que l'on peut remplacer avantageusement par des montants en fer, fixés sur les traverses du haut en bas. On place une poignée à chaque bout, afin de pouvoir les enlever, et, avant de les vitrer, on les peint à l'huile, opération qu'il est bon de refaire chaque année à l'automne.

Paillassons.—Les paillassons servent à couvrir les couches, les cloches, les châssis, les serres, etc.

Avec le métier à paillassons des jardiniers, on peut facilement faire ses paillassons soi-même. Ce métier se compose d'un cadre de bois de 2 mètres de longueur sur 1m,33 de largeur, portant à ses deux extrémités autant de chevilles sans tête qu'on y veut tendre de ficelles, ce qui dépend de la longueur que l'on donne au paillasson. On est dans l'habitude de ne faire que trois rangs; cependant il vaudrait mieux en faire quatre, pour plus de solidité. On attache les ficelles aux chevilles du bas par une boucle fixe, et en haut par un nœud coulant, ce qui permet de les tendre autant qu'il est nécessaire. Une fois chaque ficelle tendue, on lui laisse le double de la longueur du cadre; cet excédant de longueur sert à coudre le paillasson, après quoi on pose en travers, et aussi également que possible, deux couches de paille de seigle, que l'on étend tête-bêche; et, après avoir roulé la ficelle du rang du milieu sur une espèce de navette faite avec un morceau de bois de 0m,08 de longueur et évidé sur les côtés, on prend une pincée de paille, et l'on passe la navette de droite à gauche par-dessous la paille et par-dessus la ficelle, puis on revient en dessus l'engager dans l'anse formée par la ficelle, et l'on serre en tirant droit devant soi, en ayant soin de presser la paille entre le pouce et l'index de la main gauche, afin d'avoir une maille plate et non ronde; puis on continue avec la même navette dans toute la longueur du paillasson, et, lorsqu'on est arrivé au bout, on arrête la ficelle par un nœud. On passe ensuite aux autres rangs, que l'on coud de la même manière, en se guidant pour les mailles du bord sur celles du milieu; et, une fois le paillasson terminé, on coupe les épis qui débordent de chaque côté.