—Réjouissez-vous, me dit-elle, hier dans le Conseil on conclut la guerre contre le Roi

. J’espère, parmi l’embarras des préparatifs, pendant que notre Monarque et ses sujets seront éloignés, faire naître l’occasion de vous sauver.

—Comment, la guerre? l’interrompis-je. Arrive-t-il des querelles entre les Princes de ce monde ici comme entre ceux du nôtre? Hé! je vous prie, parlez-moi de leur façon de combattre.

—Réjouissez-vous, me dit-elle, hier on conclut la guerre contre le Roi...

—Quand les arbitres, reprit-elle, élus au gré des deux parties, ont désigné le temps accordé pour l’armement, celui de la marche, le nombre des combattants, le jour et le lieu de la bataille, et tout cela avec tant d’égalité qu’il n’y a pas dans une armée un seul homme plus que dans l’autre, les soldats estropiés, d’un côté, sont tous enrôlés dans une compagnie, et, lorsqu’on en vient aux mains, les Maréchaux de Camp ont soin de les exposer aux estropiés; de l’autre côté, les géants ont en tête les colosses; les escrimeurs, les adroits; les vaillants, les courageux; les débiles, les faibles; les indisposés, les malades; les robustes, les forts; et, si quelqu’un entreprenait de frapper un autre que son ennemi désigné, à moins qu’il ne pût justifier que c’était par méprise, il est condamné comme couard. Après la bataille donnée, on compte les blessés, les morts, les prisonniers; car, pour les fuyards, il ne s’en trouve point; si les pertes se trouvent égales de part et d’autre, ils tirent à la courte paille à qui se proclamera victorieux.

«Mais, encore qu’un royaume eût défait son ennemi de bonne guerre, ce n’est presque rien avancé, car il y a d’autres armées, plus nombreuses, de savants et d’hommes d’esprit, des disputes desquelles dépend entièrement le triomphe ou la servitude des Etats.

«Un savant est opposé à un autre savant, un spirituel à un autre spirituel, et un judicieux à un autre judicieux. Au reste, le triomphe que remporte un Etat en cette façon est compté pour trois victoires à force ouverte. Après la proclamation de la victoire, on rompt l’assemblée, et le peuple vainqueur choisit pour être son Roi, ou celui des ennemis ou le sien.»