—Nous…! nous changerons tout ça! affirmait Pierken en se frappant la poitrine.

—Fikandouss! Fikandouss! ricanait Feelken.

Tous partaient à rire un instant; mais Pierken reprenait:

—Nous ferons la révolution sociale … par le monde entier. Les rôles seront retournés. Les riches deviendront pauvres et les pauvres seront riches!

—Comme au ciel! plaisantait Ollewaert.

—Vous ne lisez pas comme moi les journaux! poursuivait Pierken en s'animant. Vous ne savez pas tout se qui s'y trouve! Oh! j'ai pitié de vous … vous êtes tellement ignorants!

—Est-ce qu'on ne parle pas de faire baisser le prix de la gniole dans ton journal! demandait Free d'un air narquois.

—Fikandouss! Fikandouss! criait Feelken.

—On ne peut pas parler avec vous autres, répondait Pierken, haussant les épaules d'un air découragé.

La conversation prenait un autre tour; on entamait des sujets moins graves. Mais quelque chose des paroles dites et des rêves évoqués demeurait en eux et les accompagnait dans la «fosse» lugubre où ils reprenaient leur travail monotone et esquintant. Obscurément ils continuaient à ruminer toutes ces questions, et leurs conceptions rudimentaires les égaraient dans un dédale et ils n'en sortaient plus. Souvent, après ces déclarations troublantes de Pierken, régnait dans la fabrique un grand silence concentré. Ils pensaient à des choses … Les femmes ne chantaient plus et les hommes accomplissaient machinalement leur besogne, dans la danse tapageuse, effrénée des pilons; dans les «fosses» pesait une impression de mélancolie.