Et elle l'entraîna doucement vers la salle à manger, Eleken venait de servir le repas. Il y avait du poulet avec de la salade, un plat que M. de Beule aimait beaucoup. Il en mangea goulûment et avec abondance, s'il se repaissait de la chair d'un ennemi.

Après le souper M. Triphon se retira discrètement et se rendit chez
Sidonie.

—Mon Dieu! dit en soupirant Mme de Beule à Sefietje, il aurait bien pu rester à la maison un soir comme celui-ci.

—Ah! oui, madame, mais quand on est entre les mains d'une pareille créature!… répondit Sefietje d'un air entendu et peu encourageant.

Sans insister, Mme de Beule rentra dans la salle à manger où elle tâcha de distraire son mari.

Heureusement M. Triphon ne fut pas longtemps absent. A neuf heures et demie, il était de retour avec un renseignement curieux, qui les étonna tous très fort: Pierken, à cette heure-ci, déambulait en état d'ivresse par le village. Parfaitement, Pierken; lui, qui autrement ne buvait jamais, courait maintenant en compagnie de Fikandouss, d'un cabaret à l'autre, en faisant du boucan et cherchant querelle à tout le monde. Berzeel ne le quittait pas d'une semelle. Oui, Berzeel, parfaitement à jeun, absolument maître de lui, veillait sur Pierken comme un père sur son enfant, en faisant tous ses efforts pour le calmer et le ramener à leur logement commun. Ils venaient de quitter la Bonne Espérance et se dirigeaient vers le Petit Sabot.

—Mais, mais, mais! s'exclama Mme de Beule en joignant les mains de stupéfaction. M. de Beule eut un petit rire haineux et bref.

—Le monde renversé, quoi! ricana-t-il.

M. Triphon, l'air satisfait de lui-même, se dirigea vers la cuisine. Il y trouva Sefietje inquiète, rouge, et Eleken qui allait et venait, les jupes battantes.

—Bruun, le chauffeur, est venu ici, murmura Sefietje.