Il se dressa comme un champion à la lutte et, en une diatribe violente, il s'attaqua à l'alcool. Les phrases courtes tombaient en coups de massue; et de ses poings fermés il en ponctuait la force, vibrant et menaçant, devant Berzeel affaissé comme une brute. Tout l'auditoire était subjugué, entraîné par sa rageuse éloquence, quand tout à coup parut le garde-champêtre du village qui, se faufilant vivement à travers les groupes et arrivé devant le tribun, jeta d'un ton de commandement:

—Halte-là! Finissez!

L'orateur, en pleine tirade à effet, le bras droit frémissant, levé vers le ciel et la chemise blanche bouffant à la ceinture de sa culotte tombante, s'arrêta net, se pencha, dévisagea le garde-champêtre, et calmement lui demanda avec le plus grand sang-froid:

—Qu'est-ce que vous dites, mon ami?

—Que je dis que vous devez cesser! répéta le garde-champêtre d'un ton bref.

Une rumeur bourdonna dans la foule, contradictoire. Certains protestaient avec force; d'autres, les mouchards, approuvaient en ricanant.

—Qui vous a donné cet ordre? demanda, toujours très calme, l'orateur.

—Monsieur le baron …, le bourgmestre, répondit le garde, l'air haineux.

—Avez-vous cet ordre par écrit, mon ami?

Visiblement, le garde-champêtre ne s'attendait pas à cette question.
Un moment il regarda l'orateur, bouche bée, sans trouver de réponse.
La foule se moquait, amusée; les mouchards crachaient par terre de rage.