Le rire cessa aussitôt, comme par enchantement; il se fit un parfait silence et la garde du corps se serra encore plus étroitement autour du tribun qui, sans descendre de sa chaise, se tourna vers les autorités et demanda d'une voix blanche:
—Qu'y a-t-il pour votre service, messieurs?
Le baron-bourgmestre s'avança de trois pas. Il marchait avec peine en tirant la jambe et s'appuyait sur une canne, grand et lourd, avec de grosses moustaches tombantes et des cheveux teints. Il semblait en proie à la plus vive indignation et ses lèvres tremblaient. Pointant sa canne vers le tribun il dit, d'une voix frémissante, en un flamand détestable:
—Je suis le bourgmestre et je vous défends de parler ici. Si vous continuez, je vous fais dresser procès-verbal par le garde-champêtre.
Le tribun souriait, très calme. Et la garde du corps souriait aussi, avec des yeux noirs dans des visages pâles. Ils regardaient fixement le trio, surtout le curé, avec ses yeux de fanatique et son teint bistré tournant au verdâtre.
—Monsieur le bourgmestre, est-ce que monsieur le curé aurait quelque chose à voir ici? demanda brusquement l'orateur, en montrant du doigt l'ecclésiastique.
—Cela ne vous regarde pas, répondit le bourgmestre.
Le curé ne dit mot, mais ses yeux insolents jetaient des flammes. Un silence d'attente oppressait la foule.
—Je vous somme pour la dernière fois de cesser, répéta le bourgmestre.
—C'est superflu, monsieur le bourgmestre, je venais précisément de finir, nargua l'orateur.