—Est-ce … M. Triphon? demanda Lotje tout bas.
Sidonie fit un signe de tête affirmatif.
Immobiles, les yeux fixes, comme figées d'effroi, les femmes se regardèrent. On eût dit qu'une aile invisible et sombre venait de les effleurer. L'émotion de Sefietje fut si violente qu'elle en devint blême et dut s'asseoir pour ne pas tomber. Mietje Compostello lui enleva bien vite des mains la bouteille de genièvre, qui faillit rouler à terre.
Soudain toutes furent prises d'une véritable épouvante. Dans la cour, sous leurs fenêtres, venait de passer en trottinant d'un pas allègre, Muche, comme toujours suivi à courte distance de M. de Beule. Le patron avait la face gonflée et cramoisie, comme s'il venait de «partir» et s'il se préparait à recommencer. Les femmes étouffèrent un cri d'angoisse et Sefietje tomba en syncope. La porte s'ouvrit et l'odieux cabot entra avec son maître.
—Qu'est-ce que c'est? Que se passe-t-il ici? demanda M. de Beule, fronçant le sourcil d'un air sévère.
—C'est Sefietje, Monsieur, qui a une syncope, répondit Lotje, les joues en feu.
M. de Beule, avec ses apparences d'homme rude, vigoureux et dur, était complètement désemparé en présence de maux auxquels il n'était pas sujet lui-même; c'était le cas avec Sefietje.
—Sapristi! Sapristi! répétait-il tout ahuri et ne sachant quelle attitude prendre. Sapristi! Qu'allons-nous faire?
—Vite, Victorine, vite, va chercher un verre d'eau! dit Lotje, rassurée parce que M. de Beule n'en demandait pas davantage.
Victorine s'empressa et Sefietje, ouvrant faiblement les yeux, revint à elle peu à peu.