—Oh! Monsieur est si fâché! répéta-t-elle avec un air de terreur.

Poeteken pensa que le patron n'était peut-être pas moins fâché pour l'aventure de M. Triphon avec Sidonie, mais il se garda prudemment d'exprimer cette idée à haute voix. Il regardait Mme de Beule d'un air interrogateur, comme pour lire sur ses traits ce qu'en réalité elle attendait de lui. Mme de Beule le lui apprit: se marier avec «La Blanche» ou quitter tous deux la fabrique. Les yeux de Poeteken se remplirent de larmes.

—Moi, je ne demande pas mieux, Madame, mais ma mère ne veut pas. Elle dit que nous crèverions de faim avant trois mois, répondit Poeteken d'un air soumis et triste.

—Il faut que votre mère veuille! dit Mme de Beule d'un ton très décidé. Dites à votre mère, Poeteken, que c'est moi qui l'ai dit et venez m'apporter demain matin sa réponse.

—C'est bien, Madame.

Et, penaud, Poeteken quitta le parloir. Il retrouva ses sabots qu'il avait quittés sur la natte devant la porte vitrée; il se regarda un instant dans les carreaux qui miroitaient et lui rendaient son image brouillée, avec les loques graisseuses et luisantes qui le couvraient, comme s'il eût été enduit de savon brun et vert. A travers le jardin dénudé par l'hiver, il rentra en frissonnant à la fabrique.

VIII

Pour M. Triphon et la belle Sidonie, l'événement avait pris une tournure bien différente.

M. de Beule, au comble de la fureur, avait commencé par faire une scène violente à sa femme. C'était une manie chez lui de rendre sa femme responsable de chaque contrariété que leur causait M. Triphon.

—Tout ça, c'est uniquement ta faute! s'écria-t-il. Si tu l'avais autrement élevé, cela ne serait pas arrivé!