Promethe vola le feu
Qui anima peu à peu
Le corps de l'homme de terre:
Du sang que tu as osé
Derober est composé
L'esprit que ton corps enserre.

Mais un vautour ravissant
Va tous les jours punissant
Le larcin du vieil Promethe:
Tu veux par un tel forfait
Que de ton corps il soit fait
Une huitiesme Planete.

Di moy, qui eust peu penser
Qu'on voulut recompenser
D'un loyer si honorable
Le larcin qui, odieux
Et aux hommes et aux Dieux,
Leur a semblé punissable?

Entre le nombre infini
Des hommes qui ont puni
Une si cruelle offense,
Un Lycurge s'est trouvé
Qui ce vice a approuvé,
Et l'a passé en souffrance.

Qu'il n'appelle cette fois
Le Dieu autheur de ses loix
Fauteur de sa volerie,
Qui hait encor, ce dit-on,
Cet ingenieux larron
Qui vola sa bergerie.

Et bien, si tu veux user,
Pour ton vol authoriser,
De la regle Laconique,
Puce, au moins contente toy
De ce que la douce loy
Ne punit ton fait inique.

Et ne crois que dans les cieux
D'un courage ambitieux
Ores ton petit cors saute:
Car le celeste pourpris
Ne peut estre juste pris
D'une si injuste faute.

Tu peux bien, pour t'excuser
De ce tien vol, accuser
Ceste marastre nature
Qui veut qu'un sang rougissant,
Lequel tu vas ravissant,
Soit ta seule nourriture.

Nature, qui t'a donné
Ton estre, a bien ordonné
Que tu vivrais de rapine:
Mais, pour punir ton peché,
Ell' veut qu'un ongle fasché
Creve ta foible poitrine.

L'effort de ton petit saut
Ne te peut guinder si haut
Comme lon te fait accroire,
Ni des beaux vers le monceau
Qu'apprend ce docte troupeau
Au temple de la Memoire.