Et j'indiquai un pot d'argent d'une pinte où il m'avait apporté à boire; le garçon dit:
—Oui, madame, à la bonne heure,—et je m'en allai.
Je rentrai chez ma gouvernante et me dis que le temps était venu de la mettre à l'épreuve, afin que, si j'étais mise dans la nécessité d'être découverte, elle pût m'offrir quelque assistance. Quand je fus restée à la maison quelques moments, et que j'eus l'occasion de lui parler, je lui dis que j'avais un secret de la plus grande importance au monde à lui confier, si elle avait assez de respect pour moi pour le tenir privé. Elle me dit qu'elle avait fidèlement gardé un de mes secrets; pourquoi doutais-je qu'elle en garderait un autre? Je lui dis que la plus étrange chose du monde m'était arrivée, mêmement sans aucun dessein; et ainsi je lui racontai toute l'histoire du pot.
—Et l'avez-vous apporté avec vous, ma chère? dit-elle.
—Vraiment oui, dis-je, et le lui fis voir. Mais que dois-je faire maintenant? dis-je. Ne faut-il pas le rapporter?
—Le rapporter! dit-elle. Oui-dà! si vous voulez aller à Newgate.
—Mais, dis-je, ils ne sauraient avoir la bassesse de m'arrêter, puisque je le leur rapporterais.
—Vous ne connaissez pas cette espèce de gens, mon enfant, dit-elle: non seulement ils vous enverraient à Newgate, mais encore vous feraient pendre, sans regarder aucunement l'honnêteté que vous mettriez à le rendre; ou bien ils dresseraient un compte de tous les pots qu'ils ont perdus, afin de vous les faire payer.
—Que faut-il faire, alors? dis-je.
—Oui, vraiment, dit-elle; puisque aussi bien vous avez fait la fourberie, et que vous l'avez volé, il faut le garder maintenant; il n'y a plus moyen d'y revenir. D'ailleurs, mon enfant, dit-elle, n'en avons-nous pas besoin bien plus qu'eux? Je voudrais bien rencontrer pareille aubaine tous les huit jours.