—Ma cousine, je vous prie d'ouvrir votre porte; ce sont des messieurs qui sont obligés d'entrer afin d'examiner votre chambre.
J'avais avec moi une enfant, qui était la petite-fille de ma gouvernante, comme elle l'appelait; et je la priai d'ouvrir la porte; et j'étais là, assise au travail, avec un grand fouillis d'affaires autour de moi, comme si j'eusse été au travail toute la journée, dévêtue et n'ayant que du linge de nuit sur la tête et une robe de chambre très lâche; ma gouvernante me fit une manière d'excuse pour le dérangement qu'on me donnait, et m'en expliqua en partie l'occasion, et qu'elle n'y voyait d'autre remède que de leur ouvrir les portes et de leur permettre de se satisfaire, puisque tout ce qu'elle avait pu leur dire n'y avait point suffi. Je restai tranquillement assise et les priai de chercher tant qu'il leur plairait; car s'il y avait personne dans la maison, j'étais certaine que ce n'était point dans ma chambre; et pour le reste de la maison, je n'avais point à y contredire, ne sachant nullement de quoi ils étaient en quête.
Tout autour de moi avait l'apparence si innocente et si honnête qu'ils me traitèrent avec plus de civilité que je n'attendais, mais ce ne fut qu'après avoir minutieusement fouillé la chambre jusque sous le lit, dans le lit, et partout ailleurs où il était possible de cacher quoi que ce fût; quand ils eurent fini, sans avoir pu rien trouver, ils me demandèrent pardon et redescendirent l'escalier.
Quand ils eurent eu ainsi fouillé la maison de la cave au grenier, et puis du grenier à la cave, sans avoir pu rien trouver, ils apaisèrent assez bien la populace; mais ils emmenèrent ma gouvernante devant la justice; deux hommes jurèrent qu'ils avaient vu l'homme qu'ils poursuivaient entrer dans sa maison; ma gouvernante s'enleva dans ses paroles et fit grand bruit sur ce qu'on insultait sa maison et qu'on la traitait ainsi pour rien; que si un homme était entré, il pourrait bien en ressortir tout à l'heure, pour autant qu'elle en sût, car elle était prête à faire serment qu'aucun homme à sa connaissance n'avait passé sa porte de tout le jour, ce qui était fort véritable; qu'il se pouvait bien que tandis qu'elle était en haut quelque individu effrayé eût pu trouver la porte ouverte et s'y précipiter pour chercher abri s'il était poursuivi, mais qu'elle n'en savait rien; et s'il en avait été ainsi, il était certainement ressorti, peut-être par l'autre porte, car elle avait une autre porte donnant dans une allée, et qu'ainsi il s'était échappé.
Tout cela était vraiment assez probable; et le juge se contenta de lui faire prêter le serment qu'elle n'avait point reçu ou admis d'homme en sa maison dans le but de le cacher, protéger, ou soustraire à la justice; serment qu'elle pouvait prêter de bonne foi, ce qu'aussi bien elle fit, et ainsi fut congédiée.
Il est aisé de juger dans quelle frayeur je fus à cette occasion, et il fut impossible à ma gouvernante de jamais m'amener à me déguiser de nouveau; en effet, lui disais-je, j'étais certaine de me trahir.
Mon pauvre complice en cette mésaventure était maintenant dans un mauvais cas; il fut emmené devant le Lord-Maire et par Sa Seigneurie envoyé à Newgate, et les gens qui l'avaient pris étaient tellement désireux, autant que possible, de le poursuivre, qu'ils s'offrirent à assister le jury en paraissant à la session afin de soutenir la charge contre lui.
Pourtant il obtint un sursis d'accusation, sur promesse de révéler ses complices, et en particulier l'homme avec lequel il avait commis ce vol; et il ne manqua pas d'y porter tous ses efforts, car il donna mon nom, qu'il dit être Gabriel Spencer, qui était le nom sous lequel je passais auprès de lui; et voilà où paraît la prudence que j'eus en me cachant de lui, sans quoi j'eusse été perdue.
Il fit tout ce qu'il put pour découvrir ce Gabriel Spencer; il le décrivit; il révéla l'endroit où il dit que je logeais; et, en un mot, tous les détails qu'il fut possible sur mon habitation; mais lui ayant dissimulé la principale circonstance, c'est-à-dire mon sexe, j'avais un vaste avantage, et il ne put arriver à moi; il mit dans la peine deux ou trois familles par ses efforts pour me retrouver; mais on n'y savait rien de moi, sinon qu'il avait eu un camarade, qu'on avait vu, mais sur lequel on ne savait rien; et quant à ma gouvernante, bien qu'elle eût été l'intermédiaire qui nous fit rencontrer, pourtant la chose avait été faite de seconde main, et il ne savait rien d'elle non plus.
Ceci tourna à son désavantage, car ayant fait la promesse de découvertes sans pouvoir la tenir, on considéra qu'il avait berné la justice, et il fut plus férocement poursuivi par le boutiquier.