—Ce sera au moment que vous voudrez, mon cœur, dit-il; pour moi, mon désir est satisfait, puisque j'ai la femme que j'aime; je ne vous ai pas beaucoup tourmentée, dit-il, par mes questions là-dessus.

—C'est vrai, dis-je, mais je trouve une grande difficulté dont je puis à peine me tirer.

—Et laquelle, mon cœur? dit-il.

—Eh bien, dis-je, voilà; c'est un peu dur pour moi, et c'est plus dur pour vous: on m'a rapporté que le capitaine X... (le mari de mon amie) vous a dit que j'étais bien plus riche que je n'ai jamais prétendu l'être, et je vous assure bien qu'il n'a pas ainsi parlé à ma requête.

—Bon, dit-il, il est possible, que le capitaine X... m'en ait parlé, mais quoi? Si vous n'avez pas autant qu'il m'a dit, que la faute en retombe sur lui; mais vous ne m'avez jamais dit ce que vous aviez, de sorte que je n'aurais pas de raison de vous blâmer, quand bien même vous n'auriez rien du tout.

—Voilà qui est si juste, dis-je, et si généreux, que je suis doublement affligée d'avoir si peu de chose.

—Moins vous avez, ma chérie, dit-il, pire pour nous deux; mais j'espère que vous ne vous affligez point de crainte que je perde ma tendresse pour vous, parce que vous n'avez pas de dot; non, non, si vous n'avez rien, dites-le moi tout net; je pourrai peut-être dire au capitaine qu'il m'a dupé, mais jamais je ne pourrai vous accuser, car ne m'avez-vous pas fait entendre que vous étiez pauvre? et c'est là ce que j'aurais dû prévoir.

—Eh bien, dis-je, mon ami, je suis bien heureuse de n'avoir pas été mêlée dans cette tromperie avant le mariage; si désormais je vous trompe, ce ne sera point pour le pire; je suis pauvre, il est vrai, mais point pauvre à ne posséder rien.

Et là, je tirai quelques billets de banque et lui donnai environ 160£.

—Voilà quoique chose, mon ami, dis-je, et ce n'est peut-être pas tout.