—Vous en vouloir, pourquoi?
—Je ne sais pas... Je réfléchissais aujourd'hui que peut-être quelqu'un a voulu vous faire de la peine... Mais je vous le jure, si j'avais su, moi, eh bien, je ne serais pas venue.
Ainsi cette malheureuse fille avait plus de délicatesse que Lionel! Elle sentait bien, elle, en sa seule présence, une vivante offense à la femme, tellement différente d'elle, qui l'avait reçue, pourtant, avec bonté.
Renée ferma les yeux, se raidit un peu, puis répondit avec douceur:
—Mais non, ma pauvre enfant, rien ne m'a fait de la peine... Vous moins que personne.
—Alors, madame, permettez-moi d'emporter comme un souvenir de vous... comme si vous me les aviez données,... ces roses... que j'ai bien indiscrètement cueillies ce matin.
—Certainement, de très bon cœur.
—Et... voulez-vous encore me permettre de vous baiser la main? Si j'avais rencontré plus tôt une femme comme vous, je ne ferais peut-être pas le métier que je fais.
Renée se tourna, approcha d'elle à deux mains les épaules de l'étrange fille, et baisa ses joues, encore arrondies par la toute première jeunesse, et débarrassées par l'air âpre et vif de leur maquillage, fort inutile du reste. Le spectacle de cette accolade pétrifia les deux jeunes hommes, qui faisaient à ce moment quelques pas en arrière pour presser les retardataires.
Quand Lionel revint de la station du chemin de fer, où il accompagna son ami, il trouva Renée déjà couchée. Elle ne lui fit aucune question ni aucun reproche, et se borna à cette observation: